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19 mar Continuer de voyager après l’attentat de Tunis

J’étais à la recherche d’inspiration, et l’actualité malheureuse de ce jour vient justement de me fournir un sujet chaud-bouillant : l’attentat du 18/03 à Tunis, qui à l’heure à laquelle je rédige ce billet a coûté à la vie à 19 personnes dont 17 touristes étrangers. Je ne vais pas parler de terrorisme, revenir sur Charlie Hebdo et l’état islamiste (sans majuscule), crier ma stupéfaction à l’annonce de cet événement. Je vais plutôt vous parler du malaise que j’ai ressenti sur twitter à la vue de certaines réactions à des propos relayés par la presse. France Info ou Libération (pour ne citer qu’eux), ont posté, dans l’heure qui a suivi l’assaut les tweets suivants : « Beaucoup d’inquiétudes sur l’avenir touristique du pays », ou « C’est fini la Tunisie, c’est fini le tourisme ». Je vous avoue une chose, juste après la stupéfaction à l’annonce du nombre de décès, c’est exactement ce que je me suis dit moi aussi.

Mais pourquoi parler du tourisme en Tunisie ?

Quelques twittos n’ont pas pu s’empêcher de partager leur « horreur » à la vue de ces tweets qu’ils jugent déplacés, honteux et j’en passe. Je n’ai pas pu m’empêcher de répondre à l’un d’eux qu’au delà du bilan humain de ce jour, la réalité est aussi la suivante : le secteur du tourisme est à l’origine d’environ 340 000 emplois en Tunisie, et la fin du tourisme aura nécessairement des conséquences dramatiques.

Certes, le tourisme en Tunisie n’est pas toujours très glorieux, il y a des dérives et il n’est pas toujours bien géré, mais en attendant mieux il permet à des centaines de milliers de gens de se nourrir, de vivre souvent décemment et même de s’épanouir pour quelques -uns. Je ne vais pas vous retracer la conversation, mais le dernier tweet à mon encontre disait ceci : « cassez-vous avec vos préjugés ethnocentristes et exotisants de merde ». Voilà. Donc le monsieur n’a pas bien compris mon opinion, ni celle de ce jeune guide tunisien qui en réalité est l’auteur de cette phrase : « C’est fini la Tunisie, c’est fini le tourisme ». Car ce jeune homme qui venait tout juste de sortir du musée avec son groupe de touristes espagnols va probablement passer des prochains mois, voire des prochaines années très difficiles, et il n’est pas le seul. Quand on est guide touristique, qu’on parle très bien plusieurs langues étrangères et qu’on a tout misé sur sa connaissance de l’histoire de l’art Tunisienne, difficile de réussir sa reconversion.

Je vous parle du métier de guide, mais ils sont innombrables ces métiers directs et indirects qui n’auront plus de raison d’être. La fin du tourisme va indéniablement mener des milliers de famille un peu plus loin dans la pauvreté, pendant quelques mois au mieux, pendant quelques années si tous les feux ne repassent pas vite au vert. Je le sais aussi car je l’ai vu de mes yeux, en Egypte.

Je pense donc à ces twittos qui dans le terme « tourisme » ont vu « vacances, égocentrisme, all inclusive, bob-casquette-coca », comme un gros mot, et qui n’ont pas réussi à lire ce qu’il y avait derrière : un tourisme qui peut créer un cercle vertueux et des hommes et des femmes qui vivent de cette activité, et ils sont nombreux. Dans ces pays au patrimoine culturel et aux attraits touristiques évidents, le secteur du tourisme est une des principales industries. Ce n’est pas seulement un luxe pour blancs pleins de frics qui réduisent les populations locales à l’esclavage comme certains se plaisent à le dire, mais c’est aussi un fabuleux moyen de développement économique. Délicat à mettre en place intelligemment, oui, avec de nombreuses dérives, aussi, mais il n’en reste pas moins un véritable atout, un bijou précieux même pour les pays qui ont la chance d’en bénéficier (la France en premier, ne l’oublions pas).

Continuer de voyager

Le premier « attentat » de l’année 2015 a eu lieu à Paris. Paris, ville dans laquelle vous (enfin peut-être pas vous, mais beaucoup de lecteurs du blog en tous cas) habitez, avec votre famille, vos amis, vos enfants. Avez-vous changé votre quotidien depuis le 07/01 ? Alors pourquoi changer vos habitudes de voyage ? Bien sûr, partir dans un pays en guerre serait absurde (même si ce tourisme existe, ça fait partie de ce qu’on appelle le « dark tourism »). Avant tout il faut suivre les conseils aux voyageurs du Quai d’Orsay, sans pour autant faire une croix sur une destination comprenant des mises en garde sur le quartier d’une ville ou sur le fait d’éviter les attroupements (sinon, vous ne sortirez pas de chez vous). Mais aujourd’hui, le risque est autant à New York, qu’à Tunis ou Madrid. Il est partout. La cible est la démocratie, la culture, où qu’elle soit dans le monde. Alors tirer un trait sur le tourisme, c’est malheureusement laisser tomber ces hommes et ces femmes qui vivent du tourisme grâce à nos voyages alors que, sauf contre-indication du quai d’orsay, on ne risque pas plus là-bas, qu’ici, dans le métro. C’est donner raison à ceux qui cherchent à semer la terreur.

Et pour en revenir à Twitter, je ne dirais pas mieux que ce tweet de Jean-François Rial, PDG de Voyageurs du Monde « #Attentas, #Paris, #Bamako, #Tunis, demain ? Comme le risque est partout, je ne vais RIEN changer de ma vie et ne pas me laisser terroriser ».

Et vous, est-ce que vous pensez continuer à voyager à l’étranger ? Allez-vous changer vos habitudes ? Avez-vous conscience de ce risque omniprésent ou continuez-vous à vivre en tachant de ne pas y prêter attention ?

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5 Commentaires
  • Laurent
    Posté à 21:02h, 19 mars Répondre

    J’ai vu quelques tweets défiler sur ce sujet en effet, et j’avoue ne pas avoir complètement compris la polémique. Moi aussi, j’ai pensé à ça, mais comme tu le dis, pas dans le sens « merde, j’vais plus pouvoir aller bronzer pas cher », mais dans le sens où l’économie tunisienne n’est pas en très grande forme et qu’elle n’a pas besoin de plonger un peu plus. Le tourisme à Djerba, c’est pas mon truc (j’y suis allé il y a 17 ans), mais il n’empêche…
    Suivre les conseils du MAE, j’suis un peu plus timoré, car après l’assassinat de Hervé Gourdel, ils n’avaient pas trouvé mieux à faire que d’ajouter pour ainsi dire tous les pays musulmans dans la liste des destinations à risque ! Ça m’avait fait hurler.
    Moi non, je ne change pas mes habitudes de voyage pour ça. Ça rend juste les choses plus compliquées pour convaincre mes proches et surtout mes parents que non, je ne prends pas de risques en partant en voyage, mais ça, c’est mon problème. Je hurle également (intérieurement, car j’suis plutôt d’une nature calme) quand d’autres personnes me disent que je cherche les emmerdes et qu’un jour ça finira mal quand ces personnes ne connaissent ma prochaine destination qu’à travers le prisme du journal de 20 h. Mais eux savent que moi je suis un inconscient. C’est l’hôpital qui se fout de la charité :-(

    • Claire
      Posté à 22:27h, 19 mars Répondre

      Tu n’es pas le seul à lutter pour essayer de faire comprendre à ta famille et amis que non, ça n’est pas risqué de partir en voyage… J’ai ce discours sur l’Egypte et la Jordanie depuis des années, mais difficile de se faire entendre. C’est bizarre, c’est une peur irrationnelle puisque aujourd’hui on sait que le risque n’est pas pire là-bas qu’ici. Je me souviens d’ailleurs avoir également « hurlé » intérieurement après le printemps arabe lorsque les touristes qui avaient déjà réservé, qui partaient bien loin du Caire et de son tumulte et qui n’avaient aucune raison d’être remboursés pour l’annulation de leur voyage, me disaient que je les envoyais en guerre, marcher sur des cadavres encore chauds (sur un circuit à Louxor…). Ça a été une période difficile nerveusement. Pendant ce temps, les allemandes et les anglais revenaient en vacances en Egypte, naturellement.
      Le SETO se pause d’ailleurs beaucoup de questions sur comment faire en sorte que les français arrivent à dépasser leurs peurs et préjugés et réagissent comme les anglais ou les allemands.
      Quant au MAE, oui c’est parfois déroutant quand on connaît la réalité du terrain. Quelqu’un qui n’a pas l’habitude de voyager, ou qui est un peu craintif a vite fait de ne pas bouger de chez lui si il prend les avertissements à la lettre. Et surtout, certains médias relaient ces infos n’importe comment avec leurs « listes noires » qui n’en sont pas.
      En tous cas, merci pour ton commentaire, ça fait toujours très plaisir de te lire ;-)

  • Mathilde - Voyager en photos
    Posté à 10:54h, 21 mars Répondre

    Je partage tout à fait ton point de vue ! C’est d’ailleurs pour cette raison que je suis partie en Turquie en septembre dernier (pas d’attentat mais du fait que c’est la porte d’entrée pour le Djihad en Syrie pas mal de gens renonce à cette destination pourtant sans risque dans la majeur partie du pays – voir les infos du ministère des affaires étrangères).
    Bref, je pense que suivre les conseils du ministère est suffisant, je ne m’interdirai pas un grand nombre de pays sous prétexte qu’il peut y avoir un attentat, parce que de toute façon j’habite à Paris et je vis avec le sentiment quotidien qu’un attentat est possible. Le centre commercial des Halles et celui des 4 temps de la Défense sont explicitement visés comme cible par les islamistes, et pourtant ils sont toujours aussi rempli de monde…
    La culture, la liberté d’expression est visée partout dans le monde, restreindre ces voyages par la peur de l’attentat n’a aucun sens car personne ne peut prévoir où le prochain arrivera…
    Néanmoins je suis vraiment attristé des dérives d’une minorité de personnes qui vont clairement pourrir la vie à la majorité des gens. Pour 2/3 félées, c’est toute l’industrie touristique tunisienne qui est en danger, car clairement beaucoup personnes vont renoncer à leur voyage… quel gachis ! Ne parlons pas de la destruction du patrimoine mondiale de l’humanité qui me rend malade…
    Comment peut on en arriver là….

    • Claire
      Posté à 14:05h, 23 mars Répondre

      Merci Mathilde pour ton commentaire. Comme moi (et Laurent), tu es une habituée des voyages et je pense que ça nous donne une vision plus globale du monde et de ses dangers. Et puis surtout, connaître ailleurs, c’est en avoir un peu moins peur et relativiser. Malheureusement ce n’est pas le cas de la majorité des gens… Par contre je suis heureuse de voir que cette fois il y a beaucoup de messages en ce sens, notamment la marie de Paris qui s’engage à communiquer sur le tourisme en Tunisie. Espérons que ça aura un peu d’impact…

  • kelly
    Posté à 00:54h, 19 novembre Répondre

    Bonjour à tous,

    Je suis en échange étudiant en Belgique présentement et je voyage à toutes les semaines. Mes prochaines destinations sont prague, berlin, budapest et le danemark. Mes parents font tout pour me convaincre de ne pas voyager en disant que c’est dangeureux avec ce qui s’est produit vendredi dernier à Paris. Je ne sais plus quoi leur dire pour leur faire comprendre qu’il n’y a pas plus de danger qu’à un autre moment. Avez-vous des conseils à me donner ? Quelqu’un s’est déjà retrouvé dans ma situation ? Je ne sais plus quoi leur dire ils m’en veulent beaucoup de vouloir prendre l’avion.

    D’avance merci !!
    Kelly

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