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Océan, mon ami ?

pointe almadies dakar

On a tous des peurs, des angoisses plus ou moins présentes dans notre quotidien. Certains peuvent vivre avec, s’en accommoder, mais pour d’autres c’est un challenge quotidien à relever. Certains ont peur de la foule, du vide, des araignées ou des serpents, d’être malade, de parler en public… Personnellement je pense n’avoir aucune de ces peurs, même si les araignées ne sont pas mes amies. Par contre, s’il y a bien une chose qui m’impressionne et m’effraie autant qu’elle m’attire, c’est l’océan. Mais cette année, j’ai décidé qu’on deviendrait de vrais amis.

Chercher à comprendre

Bon, ok, l’océan ça peut être dangereux, mais de là à en avoir peur hein… chochotte. (attention je vous entends d’ici). J’ai bien compris depuis longtemps que la peur est totalement irrationnelle. Elle va se nourrir de plein d’éléments vécus, entendus, imaginés. Elle va s’imposer de façon insidieuse, petit à petit, jusqu’à prendre contrôle de vous,  vous empêchant ainsi d’agir contre elle (c’est une connasse, n’ayons pas peur des mots).

En ce qui me concerne, ma peur actuelle remonte à l’enfance et s’est construite d’années en années. Ça a commencé petite, lorsque dans mon village (un petit port de Charente-Maritime appelé Meschers, pour ceux qui ont déjà mis les pieds du côté de Royan), on se racontait des histoires glauques de noyades, de têtes coupées par des hélices de bateaux, ou lorsqu’en C.P. on annonce a ma copine de classe que son oncle pêcheur est passé par dessus bord et qu’ils ne l’ont pas retrouvé.

À 10 ans j’ai participé à une compétition de natation en mer, et je n’ai pas réussi : lorsque j’ai sauté du zodiac, la peur m’a submergée. Et pourtant, prenant des cours de natation et habitant à 500 mètres de l’océan, cet élément était loin de m’être étranger. Mon imagination exaltait, je pouvais facilement m’imaginer croiser le cadavre d’un pêcheur noyé depuis 15 jours ou un requin tigre en pleine partie de chasse dans la baie de Royan. Facile.

La mer fait partie intégrante de ma vie car j’ai toujours vécu à proximité d’elle et il n’en sera jamais autrement. À 15 ans j’ai passé mon baptême de plongée, une expérience qui ne m’a pas laissé d’excellents souvenirs même si c’était en Guadeloupe. Je préférais de loin nager en surface ou à proximité de la plage. Puis quelques années plus tard mon aventure égyptienne a commencé, et j’ai eu la chance d’accompagner des groupes de touristes en Mer Rouge une vingtaine de fois et de plonger avec eux (sans bouteille). En tant que guide-accompagnatrice, il fallait que j’assure. Sur certains sites isolés à l’époque, notamment Sharm el Naga, j’ai vu des fonds magnifiques, tellement beaux que je ne pensais plus à avoir peur. Du côté d’Hurghada, le spectacle était plutôt désolant à cause de la surpopulation, mais ceci est un autre sujet. Tout se passait très bien, mais j’étais un vrai pot de colle avec le guide de plongée. Je ne sais pas ce que mon imagination pouvait chercher, mais impossible de me sentir à l’aise dès que le fond de l’océan était un bleu soutenu, duquel je pouvais imaginer remonter un requin tigre ou l’équipage noyé d’un sous-marin russe.

dahab blue hole

Zen avant de plongée dans le Blue Hole. Définition Wikipédia : « Le Blue Hole de Mer Rouge est un trou bleu d’environ 130 mètres de profondeur. Il est situé en Égypte, à l’est du Sinaï, à 8 km au nord de Dahab. C’est un site de plongée sous-marine aussi réputé que dangereux. » Je suis restée en surface…

J’ai testé ma peur de l’océan dans les vagues des îles Mentawai, alors que je savais à peine surfer. Vous me direz que je l’ai cherché, et c’est pas faux. J’ai testé ma peur de l’océan dans les vagues de Bali, et j’ai réellement failli me noyer avec une copine dans les vagues de Dreamland. D’ailleurs je ne remercie pas les « sauveteurs » qui nous ont regardé lutter contre le courant de toutes nos forces pour essayer de revenir à bord, qui nous ont vu paniquer et imaginer le pire, être à deux doigts de la syncope sans pour autant bouger un orteil. Ce jour-là, j’ai cru que mon cœur allait sortir de ma poitrine et que quelqu’un allait me retrouver dans 15 jours toute gonflée sur une plage de Bali.

La phase de combat

En 2005 je suis partie 6 mois à Bora Bora, et j’ai décidé de faire un premier pas vers mes peurs : j’ai nagé avec les requins. En faisant les choses par étapes, j’ai d’abord pataugé au milieu d’une nursery de requins, histoire de faire risette avec les bébés requins pointe noire. Checked. Deuxième étape : une plongée avec les parents de ces petits requins pointe noire, ainsi qu’avec des requins gris de récif et des requins citron. Etrangement, avec une bonne préparation et bien accompagnée, l’expérience n’a pas été si difficile que ça (sauf ce boulet d’américain qui avait mis des couleurs flashis et qui avait tendance à me coller un peu trop, d’ailleurs il a failli se faire dévorer la main par une murène). Je crois que les requins et moi, on est presque devenus copains. J’ai même pris à cœur d’expliquer à qui voulait l’entendre que le shark feeding à l’époque très pratiqué en Polynésie était une vraie connerie. Laissons les requins tranquilles. Je me suis mise à nager seule sans avoir peur (ceci dit, depuis que j’ai vu un chien jouer à trappe trappe avec un requin pointe noire, je me suis bien détendue). Bref, j’étais sur la bonne voie pour me sentir dans mon élément dans l’océan.

Mais c’était sans compter sur la série d’attaques de requins en Mer Rouge après lesquelles j’ai continué à plonger la peur au ventre du côté d’Hurghada (on dit que le guide doit montrer l’exemple, non ?).

Mer rouge plongée egypte Hurghada

Plongée pas très intimiste à Hurghada

Mais c’était aussi sans compter sur un de mes voyages au Sénégal, cette fois ci en amoureux pour trois semaines de vacances entre Dakar et la Casamance. Après une nuit de bateau entre Ziguinchor et Dakar, nous posons les pieds à terre au petit matin, crevés (et nous apprenons la mort de Mickael Jackson, cette journée commençait déjà mal). Nous trouvons un petit hôtel sympa au nord de Dakar en bord de mer. Nous faisons une sieste matinale pour prendre quelques forces et vers 11h nous décidons de sortir sur la plage à la recherche d’un petit café. En marchant le long de la mer, nous apercevons une forme humaine, raide, les bras levés, se balançant au rythme des vagues. À quelques mètres, des gens se baignaient en toute tranquillité. Je pense que c’est un mannequin, ça ne peut pas être autre chose. Je m’approche, encore plus près, j’ai besoin de bien le voir pour y croire. Il s’agit bien d’un cadavre, un jeune homme d’une vingtaine d’années qui s’était noyé 10 jours plus tôt, surpris par la puissance des courants avec plusieurs de ses amis lors d’un exercice de natation (ça on l’a appris plus tard, il n’y avait malheureusement pas de voix off pour nous expliquer). Si jeune, si baraqué, comment l’océan a-t-il pu n’en faire qu’une bouchée ?

Maintenant que j’habite au Pays Basque, l’océan fait à nouveau parti de mon quotidien. J’ai retenté le surf, je fais de la pirogue-polynésienne en club, je cherche un stand up paddle pour me faire de belles balades et petits surfs dans la baie après le boulot. Ma moitié est un passionné de surf, mon fils le sera aussi (même si il ne le sait pas encore).

Pour tenter de mettre un terme à mes peurs irrationnelles, j’ai décidé de passer mon niveau 1 de plongée cet été. Autant vous dire que ça m’angoisse un peu (et peut-être beaucoup quand l’échéance approchera), car ça sera un vrai challenge pour moi. Je suis très à l’aise au dessus de l’eau et j’adore y plonger mes mains assise dans ma pirogue, mais découvrir les profondeurs, c’est une autre histoire. Il faudra que je briefe bien le moniteur avant pour qu’il comprenne. J’ai l’espoir qu’après ça je ne conserve que le côté rationnel de ma peur pour l’océan, et ce côté-là je compte bien le conserver car face à l’océan il ne faut jamais être en totale confiance.  En attendant je garde en tête la dernière plongée que nous avons fait sur l’île de Saba, un des plus beaux spots au monde, parfait pour moi : visibilité incroyable (ça en fout un coup à mon imaginaire qui fait moins le malin), une quinzaine de tortues au compteur en à peine une heure de snorkelling. Finalement, le paradis serait-il sous les mers ?

Plongée ile de saba antilles

Snorkelling à l’île de Saba, Antilles

Et vous, avez-vous des peurs contre lesquelles vous essayez de lutter ? Est-ce que certains d’entre vous ont le même sentiment face à l’océan ?

La corruption policière en voyage, souvent inévitable !

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L’Indonésie est un pays tout simplement magnifique. J’ai eu la chance de passer 6 mois entre Sumatra, les îles Mentawai, Lombok et Bali et chacune de ces îles m’a apporté son lot de merveilleux souvenirs. Un jour j’y retournerai, c’est certain.

Pendant tout notre périple, nous avions choisi le scooter comme mode de déplacement. Nous n’avons eu aucune difficulté à en louer un à Bali, l’opération a été beaucoup plus complexe à Padang sur l’île de Sumatra, la destination étant très peu touristique. C’est de loin le moyen de transport le plus pratique et le plus économique, et personnellement j’adore ça ! Je n’ai jamais eu de scooter en France, et j’apprécie d’autant plus de me déplacer le vent dans les cheveux dans ces destinations ou les températures dépassent allègrement les 20 °C tout au long de l’année. Je dis bien « le vent dans les cheveux » car oui, quand on loue un scooter en Indonésie, on ne nous fournit pas le casque avec. Là-bas, personne ne roule avec un casque, même si c’est censé être obligatoire.

Nous avons pu nous rendre compte très rapidement qu’en tant que touristes, nous étions les seuls à devoir nous plier à cette loi !

Première expérience à Padang

La première chose à savoir en Indonésie, c’est que le salaire des policiers se base sur l’argent qu’ils auront ponctionné aux touristes, tout simplement. L’explication, c’est que même un délit mineur peut vous emmener tout droit au tribunal, et que tous les touristes de passage préfèrent bien évidemment payer un bakchich au policier plutôt que de perdre une journée face à la cours. Le système est rôdé et fonctionne aussi bien à Sumatra qu’à Bali ou Lombok…

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Comme souvent lors de nos premiers déplacements dans une ville inconnue, nous nous sommes plantés d’itinéraires plus d’une fois. Ce jour-là, sur un grand axe routier de Padang, nous cherchions à faire demi-tour. À chaque croisement, un panneau d’interdiction nous empêchait de repartir dans le sens opposé, nous avons donc décidé de nous diriger sur une route annexe pour faire notre demi-tour dans les règles. C’était sans compter sur la présence de policiers, tranquillement postés dans un coin du boulevard. Après avoir fait notre demi, nous avons dû nous arrêter au stop à côté de ces fameux flics de Padang. La bedaine bien gonflée, ils nous attendaient de pied ferme. « Vous n’avez pas le droit de faire demi-tour, et vous ne portez pas de casque. Passeports ». Pour le demi-tour, nous leur expliquons que nous sommes dans les règles puisque nous avons fait demi-tour dans une petite rue annexe où c’était autorisé. Ils font style de ne pas écouter. Entre temps, ils chopent les passeports que je tenais dans ma main. Grosse erreur que nous ne commettrons plus à l’avenir !

Les flics font les malins et nous annoncent que ces infractions peuvent nous coûter « cher » : une amende de 250 000 roupies indonésiennes (environ 18 euros) et surtout, que nous sommes bons pour un passage devant le tribunal ! Nous n’avons aucune idée de la véracité ou non de la sanction, mais nous n’avons pas envie de perdre du temps avec ces histoires. Après quelques tentatives de négociation, nous sortons 100 000 roupies et leur expliquons que nous n’avons rien d’autre sur nous (corruption, quand tu nous tiens), ils font style que ce n’est pas suffisant. Mais nous ne craquerons pas. Nous faisons semblant de passer quelques coups de fil à des personnes haut placées, mais ça ne leur fait pas peur. Finalement, ils prennent les 100 000 roupies mais décident de nous faire chier jusqu’au bout : ils refusent de nous rendre nos passeports. Puis finalement, un flic bien dégueu me sort « passeport contre un bisous ». Autant vous dire que certainement pas. On aurait pu y passer la nuit sans problème. Finalement, il me fait la blague du « je te le rends et zou je te reprends quand tu tends la main », et il a fait ça jusqu’à ce que je comprenne que je tendais la main gauche (la main « impure », autant vous dire que j’ai mis du temps à capter)… Bref, cette première rencontre avec les flics nous aura vacciné pour la suite.

Comment ne pas se faire avoir

Nous avons squatté quelques jours à Dreamland au sud de Bali. À l’entrée du site, les flics avaient installé un petit cabanon et ponctionnaient un droit de passage à chaque touriste. On nous avait prévenu à l’avance qu’ils s’étaient installés là de leur propre chef et qu’il n’était absolument pas obligatoire de leur donner un droit de passage. Au premier passage, nous nous faisons arrêter et nous négocions ferme pour qu’ils nous laissent passer. Au bout d’une demi-heure de négo, nous craquons et leur donnons un petit billet avant de démarrer à toute vitesse. Pour les passages suivants, nous devions passer le plus vite possible et surtout éviter leurs tentatives de coups de pieds dans le scoot (très dangereux au passage) et autres tentatives pour nous arrêter. Effectivement, si chaque touriste leur paye un droit de passage à chaque entrée/sortie du site, l’opération doit être très lucrative ! Nous aurons deux autres rencontres avec la police à Bali qui se termineront toutes par le paiement d’un bakchich, malheureusement, et ce malgré nos casques. Il y a toujours une faille, que ce soit l’assurance du scooter, un problème de propriété ou des pneus un peu trop lisses (tous les moyens sont bons pour trouver une excuse).

À Lombok, nous apprendrons à tracer la route lorsque la police veut nous arrêter, et même à leur faire un petit coucou au passage. Vous me direz qu’on cherche un peu les emmerdes, mais au bout de 4-5 mois ça devenait franchement très lourd. Finalement, ils réussiront quand même à nous arrêter au débarcadère pour rentrer sur Bali (problème d’assurance du scooter ce coup-ci, valable sur Bali mais pas sur Lombok, bien sûr). Nous passerons plusieurs heures à négocier avec eux, car ce coup-ci j’étais déterminée à ne pas craquer. Nous restions assis à côté du cabanon, pendant qu’ils jouaient aux cartes. Finalement, à l’arrivée du bateau en provenance de Bali, ils nous ont laissé partir pour pouvoir se consacrer aux touristes fraîchement arrivés. Comme quoi parfois, quand on a le temps, ça vaut le coup de ne pas se laisser faire.

On ne peut pas trop leur en vouloir, le système est corrompu à la base car il repose sur le bakchich pour payer leurs salaires…ça reste néanmoins super désagréable au quotidien, car on est sans arrêt pris pour des pigeons.

Bien sûr, l’Indonésie est loin d’être le seul pays touché par la corruption policière… personnellement, j’y ai eu droit à plusieurs reprises au Sénégal. C’est une situation toujours délicate, entre l’envie de ne pas céder au chantage et la peur de l’uniforme. Ceci dit, j’ai aussi rencontré quelques flics sympas et tout à fait honnêtes qui se faisaient un plaisir de nous aider à trouver notre route (mais il faut avouer que c’est plus rare).

Quant à l’Égypte, on pourrait écrire tout un roman sur la police et l’omniprésence des forces militaires toutes puissantes, mais c’est encore un autre sujet !

Et vous, est-ce que vous avez déjà connu des galères avec des flics zélés ?

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Comment devient-on accro au voyage ?

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Voilà une question qu’on m’a posé à plusieurs reprises, et à laquelle j’ai toujours eu du mal à répondre : « qu’est ce qui t’as donné le goût du voyage et t’as poussé à travailler dans le secteur du tourisme ? » J’imagine qu’il y a autant de réponses que de voyageurs. Souvent, les gens imaginent de prime abord que mes parents étaient déjà des férus de voyage, et que j’ai probablement chopé le virus dès mon enfance. Sauf que non, pas du tout. On partait souvent en vacances en famille, mais plutôt en France ou en Europe (et c’était déjà très bien). Je n’ai pas trouvé de réponse claire, d’évidence, mais j’ai néanmoins quelques pistes…

Mon premier coup de cœur.

Je devais avoir 14 ou 15 ans, et à l’époque je n’avais aucune idée de ce que je voulais devenir plus tard. Peut-être chanteuse/danseuse/actrice (star), vétérinaire ou alors dans ma période agent secret. Bref, cette année mes parents avaient choisi comme destination l’Andalousie. J’imaginais l’Espagne, la mer, le soleil, mais finalement ce fut bien plus que ça. Il y a d’abord eu le « choc » du climat (au mois d’Avril, on comptait bien 10°C d’écart avec la France), puis j’ai eu la sensation d’être transportée dans un autre monde. L’Andalousie c’est un peu l’Afrique du Nord, un peu l’Espagne, un joyeux mélange de culture, de musique, de gastronomie, d’une architecture mauresque qui m’était inconnue. Le caractère si particulier de la destination, pourtant pas si loin de la France, m’a fait « voyager » pour la première fois. Par voyager, j’entends donc découvrir, m’évader, sortir de mon quotidien, m’émerveiller face à des choses que je n’avais jamais vues ou des sensations encore jamais éprouvées. Je ne sais pas si ce voyage est le premier à m’avoir donné le goût de l’évasion, mais il y a probablement contribué.

On passe aux choses sérieuses

Mes parents m’ont ensuite fait découvrir la Guadeloupe, voyage que j’ai beaucoup aimé mais qui bizarrement m’a moins marqué que l’Andalousie. L’ambiance était pourtant à la découverte, mes parents n’étant (heureusement) pas des accro de la plage et des vacances à la FRAM ou à la Club Med. À ce moment-là, j’étais déjà très attirée par le monde du voyage, et je pensais à travailler dans le secteur du tourisme.

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Voyage en Guadeloupe

Une fois le bac en poche, ma première histoire de cœur « sérieuse » m’aura permis de vivre mon véritable premier voyage : une année en Égypte. Mon copain de l’époque étant photographe pour le CNRS en mission aux temples de Karnak (pas le Carnac de Bretagne, hein !), j’ai eu la chance de vivre cette année avec des archéologues, tailleurs de pierre, dessinateurs, au rythme des découvertes archéologiques. J’ai voyagé dans toute l’Égypte, du Sinaï à Abou Simbel en passant par la mer rouge, le désert blanc, le désert arabique, le Caire… Bref, cette année aura été très riche en découvertes et en sensations : la joie d’entendre le chant du muezzin le matin, de réviser mes cours au bord du Nil à l’ombre de palmiers, de rencontrer plein de nouvelles personnes, de découvrir un nouveau mode de vie, de nouveaux paysages, une nouvelle culture. C’était aussi le premier Noël loin de mes proches, mon premier anniversaire sans ma famille et bien d’autres sensations nouvelles, qui permettent de prendre conscience de ce qui compte pour nous. Le retour en France a été lui aussi marquant, et je ne l’ai pas du tout vécu comme une épreuve. L’Égypte me manquait, mais j’étais tout aussi heureuse de retrouver mon pays, ma famille, mes amis. C’est ce que le voyage m’a appris : apprécier ici, ailleurs, au moment où j’y suis. Comprendre aussi où je vis depuis ma naissance, la chance que j’ai, et être marquée à mon retour par la qualité des infrastructures, l’organisation omniprésente en France, le système de santé etc.

Mon rythme de croisière

Après cette première expatriation d’un an, je me suis directement orientée vers des études de management touristique et hôtelier. Pour obtenir mon master, j’ai dû effectuer trois stages à l’étranger d’une durée et 5 à 6 mois chacun : le Sénégal, l’Indonésie et la Polynésie française. À chaque fois des coups de cœur et des déceptions. Le Sénégal a été une expérience fabuleuse tant professionnellement que personnellement. L’Indonésie m’a permis de découvrir l’Asie et ses paysages somptueux, mais j’avoue ne pas avoir autant accroché avec les gens qu’en Afrique. Mon séjour à Tahiti a été plus difficile pour plusieurs raisons, mais il m’a beaucoup appris sur moi-même et j’en garde de très beaux souvenirs. J’ai rencontré mon chéri pendant mes études de tourisme, j’ai donc la chance de partager ma vie avec un amoureux des voyages, qui lui connaît comme sa poche Madagascar et l’Afrique du Sud. Après mon master en poche, j’ai eu la chance de travailler rapidement en tant que chef de produit dans un petit tour opérateur spécialisé sur le voyage d’aventure en Égypte et en Jordanie. Dans le package du chef de produit, il y a bien sûr les nombreux déplacements sur le terrain qui m’ont permis pendant 4 ans de garder un pied à l’étranger (et une base de bronzage tout au long de l’année !).

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Voyage à Pétra

Mais le printemps arabe aura eu raison de mon poste, comme grand nombre des personnes avec lesquelles je travaillais. Aujourd’hui, à nouveau en poste dans le secteur du tourisme, je n’ai plus de déplacements professionnels à l’étranger et je ne peux donc compter que sur mes cinq semaines de congés payés… J’avoue que partir en voyage une semaine par ci par là me semble maintenant bien léger, et même dépourvu de sens pour un voyage dans une destination inconnue. Parallèlement à ça, j’ai la grande chance d’habiter au Pays Basque et je peux donc profiter toute l’année de la mer, de la montagne, de la campagne, du piment d’Espelette, des cerises d’Itxassou et du fromage de brebis. Bref, je profite de ce que j’ai aujourd’hui, comme mes voyages me l’ont bien appris… Et comme je sais que ma vie est loin d’être figée, nous profitons de ce que nous avons ici jusqu’à la prochaine aventure !

Et vous, comment êtes-vous devenus accro aux voyages ?

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Galères de voyage, les meilleurs souvenirs ?

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Un voyage sans galère, ça n’existe pas. En tous cas, pas chez moi. Chaque voyage que j’ai pu faire jusqu’à maintenant comprend son lot de moments difficiles, agaçants, stressants, inquiétants. Certains ne sont finalement que des détails, d’autres ont carrément pris le dessus sur le reste et ont donné une toute autre dimension au voyage. Finalement, pour la plupart, ils représentent après coup de superbes souvenirs de voyage qu’on adore se rappeler et raconter à notre retour !

Vous voulez un bel exemple ?

Lors de notre trip en Indonésie, nous avons expérimenté deux semaines sur une île déserte (je vous en parlerai dans un autre article). C’était juste après notre passage décevant chez les Hommes Fleurs, et on espérait que ce nouveau chapitre allait être plus réussi. Aujourd’hui, à l’emplacement de ce coin de paradis s’est installé un surf-camp qui accueille chaque jour son lot de surfeurs australiens. Mais à l’époque, il n’y avait strictement rien. Une cabane, un réchaud et quelques ustensiles de cuisine, un tapis pour dormir, un hamac, un point d’eau à l’extérieur. Basta.

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Notre bungalow sur l’île de Niang Niang

Nous sommes partis avec toute notre nourriture et de l’eau pour 15 jours. C’est un pêcheur rencontré sur l’île de Siberut qui a accepté de nous emmener en pirogue sur l’île de Niang Niang. Au moment de le quitter, nous convenons qu’il passera nous chercher dans 15 jours exactement. Nous lui donnons toute notre confiance, car bien sûr pas de réseau sur l’île.

Installés dans notre petit coin de paradis, les jours passent tranquillement avec leurs lots de moments inoubliables tels qu’on peut l’imaginer, et de moments d’angoisse et d’ennui (et oui, la vie n’est pas rose tous les jours sur une île déserte, même si on sait qu’il y aura une fin…). Au bout de 10 jours, nous nous rendons compte que, logiquement, nos réserves de nourriture se sont très affaiblies. Il ne reste presque plus de féculents, et pourtant nous avons fait attention à rationner nos repas comme prévu. Il nous reste 5 jours à tenir, les denrées périssables sont terminées depuis longtemps et nous n’aurons pas assez pour les trois derniers jours (de toute façon impossible de conserver des denrées sans frigo sous un climat si chaud et humide). On est entouré d’eau poissonneuse, mais nous n’avons pas le matériel pour pêcher…pourtant on aurait apprécié un poisson grillé autant qu’une bonne douche tiède à jets multiples ! Nous avons des noix de coco, et grâce à ça nous sommes sûrs de ne jamais manquer de nourriture si on oublie de nous chercher… mais ça fait plusieurs jours qu’on a attaqué les cocotiers autour de la cabane et on commence déjà à saturer. Finalement, quitte à vivre l’aventure à fond, on attaque les racines, mais pas n’importe lesquels : le manioc (aujourd’hui je me demande encore comment on a fait pour le reconnaître…peut-être l’instinct primitif ?). Et finalement, les chips de manioc c’était pas mal du tout !

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Notre plage de rêve sur l’île de Niang Niang

Le matin de notre retour, nous sommes prêts. Le board bag (= housse spéciale pour transporter les planches de surf, pour les non-initiés) est rempli à craquer avec trois surfs et des vêtements pour ces 6 mois de trip. Nous avons également un sac à dos chacun. On se pose sur la plage, à 9 heures, comme prévu. Le temps passe, rien à l’horizon. 10 heures. 11 heures. On commence le tour de l’île, on prend un peu de hauteur. Toujours rien.

La houle grossie. On commence à s’inquiéter sérieusement. On imagine tout. Rester là, sur cette plage, jusqu’à ce qu’un surf boat passe et lui faire de grands signes. Faire un grand feu pour se faire repérer. Faire le tour de l’île en espérant trouver un pêcheur de passage. Chercher du manioc pour nos prochains repas. On regarde notre réserve d’eau potable qui est proche de 0. On commence à paniquer sans trop oser se le dire.

Puis en début d’après-midi, on aperçoit au loin une petite pirogue qui se débat au cœur de la houle. Notre sauveur. Sa pirogue nous semble beaucoup trop petite pour porter tout notre matériel, mais on va tester. La manœuvre pour rejoindre la plage est compliquée car les vagues sont impressionnantes, les îles Mentawai ne sont pas le paradis du surf pour rien. Quand la pirogue accoste, notre pêcheur nous fait signe de nous dépêcher de mettre nos sacs à bord avant que la prochaine série arrive. On court, on se dépêche mais c’est lourd et encombrant. On arrive à poser le board bag mais un grosse vague vient s’écraser sur la pirogue et tout se retrouve dans l’eau. Il était déjà lourd mais là il fait au moins le triple de son poids. Il faut rapidement écoper, ajouter nos deux sacs et essayer de repartir sans chavirer, mais avec tout ce poids la manœuvre est encore plus compliquée. La série arrive, on saute à bord, la pirogue essaie de prendre la vitesse mais on n’échappe pas aux vagues. Trempés jusqu’aux os, les sacs sous l’eau, on écope à toute vitesse pendant que notre pêcheur essaie tant bien que mal de nous sortir de cette galère. Quelques minutes plus tard, on souffle enfin, le plus dur est fait. On en rigole presque tous les trois.

On regarde notre île paradisiaque s’éloigner pour laisser place au large à l’île de Siberut. C’est ici que nous devons embarquer le soir même sur un « ferry » (quand on voit le bateau on pense plutôt à une grosse barque) pour rejoindre Sumatra et prendre notre vol pour Kuala Lumpur le lendemain matin. Le timing est serré, dans deux jours nos visas de travail ne seront plus valides.

vue bungalow mentawai

La vue de notre bungalow

Le bruit du moteur nous berce, puis d’un coup on entend plus que le bruit de l’océan. Notre pêcheur essaie de redémarrer, en vain. Il cherche, traficote le moteur, mais la panne est toute simple : il n’y a plus d’essence. On n’y croit pas. Et contre toute attente, notre pêcheur choisi une solution efficace mais très surprenante : il attrape deux bidons en plastique et saute à l’eau. Là il nous dit qu’il part à la nage jusqu’à l’île de Siberut, et qu’il reviendra avec un bateau et de l’essence. On a d’abord cru à une blague, mais non, il était très sérieux. On l’a vu s’éloigner jusqu’à ne devenir qu’un petit point. Puis il était tellement loin qu’on ne le voyait plus. Finalement, bien plus tard, il reviendra en pirogue avec deux amis pêcheurs et les bidons plein d’essence. Entre temps, on a débattu sur la meilleure façon de mourir en mer : mourir de soif, dévoré par un requin ou noyé en essayant de rejoindre l’île de Siberut comme notre pêcheur (résultat, on pas réussi à se mettre d’accord).

Le temps file et il ne nous reste plus que deux heures pour prendre notre bateau à destination de Sumatra. En contournant l’île comme prévu, nous n’arriverons pas dans les temps. Notre pêcheur nous propose de couper par les nombreux canaux qui sillonnent la mangrove. On s’enfonce donc petit à petit dans la jungle, les paysage sont superbes et les canaux de plus en plus étroits. Puis d’un coup, la pirogue stoppe net. Notre pêcheur descend du bateau et nous découvrons qu’il a de l’eau jusqu’aux genoux. Et oui, la marée baisse, le cours d’eau aussi, le pirogue touche le fond… Seule solution, nous devons tous mettre les pieds dans l’eau (au milieu des boas, araignées et insectes dangereux en tous genres) pour alléger la pirogue et la pousser. Nous avancerons lentement et difficilement pendant une bonne heure, avant de rejoindre un autre cours d’eau plus profond pour terminer notre périple le plus rapidement possible.

10 minutes. C’est le délai qu’il nous restait à notre arrivée avant le départ du bateau. 10 petites minutes : WE DID IT ! Crevés, on décompresse, on remercie vivement notre pêcheur qui malgré tout a carrément assuré. Et on rigole. Nos vêtements sont trempés et vont macérer pendant encore 48 heures avant de pouvoir vider nos sacs (ça nous vaudra un beau supplément de poids le lendemain à l’aéroport). Grosse journée qui nous laisse aujourd’hui un souvenir indélébile de notre séjour dans les îles Mentawai. Sans toutes ces petites galères qui se sont ajoutées les unes aux autres, notre voyage n’aurait clairement pas eu la même saveur ! Et heureusement, tout est bien qui fini bien (ce qui n’est clairement pas le cas à chaque fois).

Et vous, quelle galère de voyage prenez-vous plaisir à raconter ?

Déception en terre inconnue

rencontre avec les Hommes Fleurs, îles Mentawai

Nota bene : Suite au débat (très intéressant d’ailleurs) qui découle de cet article, avant de le lire et pour ceux qui ne me connaissent pas encore, je préfère préciser que je suis diplômée de Master en tourisme équitable, ex chef de produit dans le tourisme d’aventure, également passée par l’Institut de Recherche pour le Développement sur les problématiques du développement touristique dans les pays du sud.

Lorsque j’écris, entre autre, « il paraît que le monde est beau et qu’il y a même des peuples qui ne connaissent pas notre société de consommation et qui ne sont qu’amour et respect », vous pouvez activer votre second degrés ;-)
Non, je ne suis pas complètement naïve. L’objectif de cet article est de montrer que les reportages télé tels que RDVETI ne montrent pas une image de la réalité, et que le tourisme chez ces peuples isolés soulève de nombreuses questions (auxquelles je n’ai pas encore toutes les réponses).

C’est néanmoins une expérience qui m’a laissé un goût amer, malgré mes connaissances dans ce domaine…
Sur ce, bonne lecture !

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On a tous bavé devant des reportages à la télé tournés dans des destinations lointaines. La télé sait parfois vraiment très bien nous vendre du rêve. Vous connaissez forcément cette célèbre émission qui envoie des stars du PAF rencontrer des peuples inconnus dans des territoires très isolés de notre jolie planète. J’aime bien, et au début j’aimais même beaucoup, j’avoue même avoir tiré une larmichette dans le reportage avec Muriel Robin chez les Himbas, très touchante, très vraie. J’avais aussi beaucoup aimé l’émission avec Patrick Timsit chez les Hommes Fleurs, d’autant plus qu’à l’époque de la diffusion mon homme et moi avions déjà pris nos billets d’avion pour les îles Mentawai (j’en ai déjà parlé sur le blog et ). J’étais impressionnée par les valeurs de ce peuple si proche de son environnement et humble face à la nature, et je m’étais, à tort, forgé une image basée en parti sur l’expérience de Patrick Timsit (et pourquoi auraient-ils été différents avec moi vu qu’ils n’ont pas la télé et ne le connaissent pas plus que moi ?).

Uma Siberut Mentawai

Photo de Ahron de Leeuw sous licence creative commons

Pour rencontrer les Hommes Fleurs, nous avons choisi nous aussi de partir au cœur de l’île de Siberut, le plus loin possible des villages qui auraient pu être en contact régulier avec des touristes ou surfeurs de passage (les îles Mentawai étant avant tout réputées pour le surf, c’est aussi une raison pour laquelle nous avions choisi cette destination). Accompagnés d’un guide, nous nous enfonçons en pirogue dans l’île de Siberut, au cœur de la jungle. Je scrute les rives du fleuve, en espérant apercevoir un homme-fleur en pleine chasse, ou un petit singe suivre notre parcours d’arbre en arbre, mais rien à découvrir (excepté un énorme boa mort, nous n’oserons plus mettre un pied dans l’eau). Notre piroguier ralenti la pirogue et s’arrête au pied de ce qui semble être un petit sentier. Il nous explique qu’il en profite pour apporter quelques courses à ce village isolé. C’est là que je découvre mon premier Homme-Fleur : il est beau, ses nombreux tatouages sont le signe de son âge avancé. Il s’avance tranquillement, avec calme et sérénité. Il s’approche de nous, je suis impressionnée. Il vient vers moi et me tends la main. Je lui tends la mienne mais il me fait signe que non, ce n’est pas ce qu’il attend de moi. Il dit quelques mots à notre guide, qui me traduit ensuite « il veut des cigarettes, tu en as ? ». Grand moment de solitude.

Après 6 heures de pirogue, nous sommes accueillis chaleureusement par une famille, « habillée » en vêtements traditionnels et fleurs dans les cheveux, parfaitement comme dans le célèbre reportage. Je me dis que nous sommes très isolés, et que nos hôtes doivent encore être préservés des méfaits d’un tourisme mal géré. Avant de partir, notre guide nous a expliqué qu’il est de coutume d’apporter quelques cadeaux pour combler les manques dus à leur isolement (du tabac, des briquets principalement, les hommes fleurs fument toute la journée), quelques cadeaux utiles pour les enfants (stylos etc…), nous devons également apporter notre nourriture pour la durée du séjour et payer une certaine somme pour l’hébergement. Tout ça nous semble tout à fait normal, nous avons donc tout prévu. Nos hôtes nous font visiter la Uma, nous sommes impressionnés par ce mode de vie si éloigné du nôtre. Les crânes de singe forment la principale déco de la maison (les crânes des animaux tués sont conservés pour le bienfait de leurs esprits). Ensuite, nous déballons la nourriture et les cadeaux que nous avons apportés. C’est à ce moment-là que le visage du chamane, le chef de famille, s’assombrie. Il s’adresse à notre guide sur un ton qui nous laisse entendre qu’il n’est pas satisfait. Notre guide nous explique alors que nous n’avons pas acheté la bonne marque de tabac, et qu’il veut que nous repartions demain matin lui ramener la bonne. Grand moment de solitude, again. À ce moment-là, on commence légèrement à perdre foi en l’humanité. Nous refusons de repartir acheter un autre tabac après toute la route que nous avons fait, le débat est clos. Le soir nous mangeons tous les 2, seule la femme du chamane viendra nous tenir compagnie et chanter quelques chansons : le seul bon moment de la soirée.

Photo de ccdoh1 sous licence cc

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Le lendemain matin, plein d’espoir, nous espérons que les mauvaises impressions de la veille ne sont dues qu’à un mauvais démarrage. À la télé, ils avaient pourtant l’air si doux, sensibles et avides d’échanges avec leurs hôtes. Nous leur demandons si nous pouvons prendre quelques photos d’eux, de la Uma et de la jungle qui nous entoure, histoire de garder quelques souvenirs de notre aventure pas très ordinaire. On nous répond que oui, à condition de payer la somme de 50 000 roupies par photo (soit un peu plus de 3 €). Bon. Ok. Pas de photos alors. On a qu’une envie, c’est prendre nos sacs, notre guide, notre pirogue et partir. Partir loin et tout oublier. Avoir fait une si longue route pour ça… Si si il paraît que le monde est beau et qu’il y a même des peuples qui ne connaissent pas notre société de consommation et qui ne sont qu’amour et respect.

Nous nous résignons à ne pas établir de contact intéressant avec nos hôtes, mais nous voulons quand même essayer de découvrir la nature qui les entoure. Nous leur demandons alors si nous pouvons partir découvrir la forêt. Réponse évidente : oui mais pas tout seul, il faut que l’un d’eux nous accompagne et il faut payer, cher. Le ton monte, on commence à perdre patience. Finalement, après un long débat, un jeune accepte de nous accompagner gratuitement, il nous demande de l’attendre 5 minutes avant de partir. Quand il nous rejoint, il a revêtu son « déguisement » d’homme fleur (je dis bien « déguisement » car au quotidien il s’habille en jean t-shirt contrairement à ses ainés). Nous lui expliquons que ce n’était pas la peine de faire ça pour nous, il semble nous dire que nous ne savons pas ce que nous voulons… Nous voulons juste les rencontrer, eux, comme ils sont, en jean t-shirt si c’est ce qu’ils portent aujourd’hui.

De retour de la jungle nous leur annonçons que nous allons partir. Nous ne voulons pas vivre ce tourisme là, et de toutes façons nous n’avons pas les moyens de payer pour tout ce qu’ils nous demandent. C’est ce deuxième argument que nous avançons, et ils ne le comprennent pas. Ils nous voient clairement comme de richissimes blancs. Je me demande qui ils ont pu voir, avant nous, pour en arriver là. Qui a pu leur pourrir la tête à ce point, leur faire penser que nous ne méritons pas leur respect. Le chamane et les aînés commencent à monter le ton, ils s’énervent clairement. Notre guide semble gêné, il a l’air de ne pas savoir quoi répondre. Nous nous rappelons une conversation avec un surfeur rencontré à Sumatra quelques jours plus tôt, qui nous expliquait qu’il y a 15 ans ils avaient reçu des flèches lors d’une excursion sur l’île de Siberut. C’était il y a 15 ans, sur le moment ça nous a fait rire. Là on commence à flipper un peu. Puis vu le ton et les gestes, on flippe presque beaucoup. Finalement, notre guide nous demande de nous excuser en langage mentawai auprès des aînés de la Uma. Nous sommes dégoutés, déçus, nous nous sentons presque humiliés. Nous excuser de quoi ? D’avoir voulu les rencontrer ? D’avoir voulu chercher à les connaître, à les comprendre, à apprendre d’eux ? Et si nous ne nous excusons pas, alors quoi ? On aura notre crâne à côté des têtes de singe ou on repartira avec une flèche dans le dos ? Certainement pas, mais on ne le saura jamais. Nous avons appris notre phrase d’excuse par cœur, et avons fait le tour de la Uma en répétant cette phrase à chacun d’entre eux. Puis nous avons pris nos affaires, nous sommes partis presque en courant. Dans notre pirogue, nous ne nous sommes pas retourné.

Photo de ccdoh1 sous licence creative commons

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Cette expérience nous a fait beaucoup réfléchir. Nous sommes tous les deux plus que sensibilisés au tourisme durable, équitable, responsable (nous avons fait nos études dans ce domaine et avons plusieurs expériences pro en la matière), mais cette expérience-là, nous ne l’avions pas anticipé, pas comme ça. Quelle attitude adopter face à ces peuples encore isolés de notre monde ? Faut-il continuer à les pousser vers notre société de consommation, ou faut-il les laisser vivre tranquille, cachés, comme ils l’ont fait jusque récemment ? Faut-il continuer à venir les voir ? Faut-il continuer à parler d’eux, à les filmer et à les montrer en prime time ? Si oui, comment ?

Nous n’avons pas eu de chance, car bien sûr il ne faut pas généraliser. Tous les Hommes-Fleurs ne sont pas comme ça, et ceux qui le sont, sont avant tout victimes des persécutions qu’ils ont vécu par le passé et d’une intégration du tourisme mal maîtrisée. Pour vivre une belle rencontre avec ce peuple unique, il existe des solutions qui peuvent vous éviter les mauvaises surprises. Je peux vous conseiller Authentic Sumatra, Ricky saura vous faire découvrir et aimer les Homme-Fleurs comme Patrick Timsit, c’est certain !

Si vous avez eu l’occasion de rencontrer des peuples isolés, je suis preneuse de vos retours d’expérience : déception ou belle expérience positive ?

Photo de sebr sous licence creative commons

Photo de sebr sous licence creative commons

Rencontre avec les hommes fleurs, épisode 2

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Nous voilà donc à Padang, sur l’île de Sumatra, depuis quinze jours. Niveau boulot, on donne tout ce qu’on a pour terminer nos missions le plus vite possible, notre objectif étant de partir sur l’île de Siloinak dans l’archipel des Mentawai, le but de notre voyage !

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Padang

À Padang, nous apprenons à cohabiter avec nos ennemis les plus proches : les rats. À noter qu’ici, les rats n’ont rien à voir avec ceux qu’on pourrait croiser dans certaines villes de France. Non, là-bas ce sont des mutants, de la taille d’un caniche. La maison est proche du grand marché de Padang, et les restes de nourriture les attirent par milliers dans le quartier. Nous en croisons régulièrement dans notre propre maison… bon, je ne suis pas une « chochotte », mais avouons que quand même, ce n’est pas super agréable. Enfin cette expérience m’a appris une chose : les rats sont EXTRÊMEMENT intelligents. On a essayé tous les pièges possible et imaginables classiques (ceux qui fonctionnent normalement pour les souris), mais là, rien à faire. Un morceau de pain au milieu d’une planche en bois pleine de colle ultra forte (désolée B.B., mais c’était eux ou nous) : ils arrivaient à choper le pain, à traîner la planche sur quelques mètres et à s’enfuir comme si de rien n’était. Les croquettes de poison qu’ils sont censés adorer ? Ils ont bien compris qu’il fallait éviter. Après plusieurs jours d’essais, nous avons finalement déposé les armes, et mis sous plastique tout ce qui était mangeable : ils étaient chez eux, nous étions les intrus.

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Padang, plage d’Air Manis

Trois semaines après notre arrivée en Indonésie, nous sommes impatients de quitter Padang. Notre directeur de stage nous annonce tranquillement qu’internet n’est toujours pas opérationnel sur l’île de Siloinak et qu’il va falloir patienter encore deux semaines, au moins. On est des gens sympas, patients et tout et tout, mais là…disons que c’était la goutte d’eau. Une semaine après, nous apprenons qu’il est empêtré dans des histoires un peu tendues avec son associé indonésien, et que les hommes fleurs veulent lui faire la peau. Bref, ça pue un peu.

De mon côté, je commence à saturer de l’ambiance locale. Entre la religion musulmane très ancrée et le fait que très peu d’étrangers mettent le pied dans cette ville, nos sorties sont toujours peu discrètes. Les regards sont pesants, même si les gens n’ont aucun sentiment agressif à mon égard. C’est essentiellement de l’étonnement et de la curiosité, avec une pointe d’esprit mal placé pour certains frustrés… Je me baigne en short long et t-shirt pour ne pas choquer, mais certains n’hésiteront pas à me suivre en cachette dans l’espoir de me voir me changer (ce qu’ils n’oseraient pas faire avec une indonésienne).

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Padang

Au bout de quelques jours d’attente supplémentaires, nous décidons de faire nos valises et de laisser nos amis les rats tranquilles. Mais avant de partir, nous profitons de Sumatra lors d’un petit séjour au bord du lac de Maninjau, puis sur l’île de Cubadak, à environ une heure de route de Padang : le paradis sur terre (surtout quand on vie avec les rats dans une maison qui pue l’humidité) ! Eau turquoise, bungalow tout confort, sable blanc, nutella… bref, une petite pause douceur qui nous a fait beaucoup de bien, avant de partir à l’aventure pour les îles Mentawai !

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Lac Maninjau

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Hôtel Cubadak, Sumatra

To be continued…

Rencontre avec les hommes fleurs – épisode 1

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Un lit pour dormir, c’est utile, même pour des stagiaires.

Depuis toute petite j’ai été attirée par le voyage, la découverte de cultures différentes. Certainement une curiosité naturelle, car enfant je n’ai pas beaucoup voyagé hors des frontières européennes. Et puis dès que j’ai eu l’âge de prendre mon envol, je suis partie loin, et même très loin, pendant des semaines et même des mois. Je ne cherche absolument pas à cumuler les destinations, je préfère partir moins souvent mais rester le plus longtemps possible sur place.

Un de mes voyages le plus marquant a été l’Indonésie. J’y suis parti avec mon chéri, pour faire notre stage de fin d’études d’une durée de 6 mois. C’était en 2007. Notre objectif : développer l’activité commerciale d’un écolodge/surfcamp basé dans les îles Mentawai, en face de l’archipel de Sumatra. Le propriétaire de l’écolodge, un français, a écrit un paquet d’ouvrages photographiques sur le trekking. Bref, un mec expérimenté qui a l’air de savoir ce qu’il fait.

On arrive donc un beau matin du mois de mai, après de longues heures de vols via Mascate (Sultanat d’Oman) où nous avons même passé une nuit en raison d’un problème sur notre avion. Fatigués mais heureux, nous atterrissons à l’aéroport de Padang.

Un jeune indonésien vient nous chercher, il s’appelle Ricky. Il a l’air heureux de nous voir et nous accompagne jusqu’à la maison de Gilles, notre directeur de stage.

Arrivés à Padang dans la folie des transports, nous découvrons la maison de Gilles bien située dans le centre-ville. Il nous accueille rapidement, nous explique que nous commencerons notre stage ici chez lui, le temps qu’internet par satellite soit installé dans le surf camp. Nous sommes crevés, il nous montre notre chambre et la salle de bain…première consternation. Une pièce vide, quatre murs délabrés, salis, tâchés, humides et pour office de salle de bain un toilette turc et une bassine d’eau. Pas de quoi cuisiner non plus.

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salle de bain padang

Notre première mission de stage sera donc : acheter un lit, repeindre les murs, nettoyer la salle bain (là on ne peut pas améliorer grand-chose). Trois jours plus tard, nous pouvons enfin défaire nos valises et dormir dans un lit (merci l’accueil).

Autant dire que si j’avais été seule, je crois que j’aurais fait demi-tour direct… J’ai l’habitude de voyager simplement, sans confort, mais sans demander un logement de luxe y’a quand même un minimum de respect à avoir dans le cadre d’un stage (un lit pour dormir, c’est utile, même pour des stagiaires).

Nous voici donc enfin aptes à travailler. Notre première mission, avant d’aller nous installer à l’écolodge qui se trouve sur l’île de Siloinak dans les îles Mentawai, sera de faire connaître les prestations de l’écolodge « all over the world » : surfcamp avec guide surf et trekking en immersion chez les hommes fleurs.

Pour ceux qui ne connaissent pas les « hommes fleurs », appelés aussi peuple Mentawai du même nom que les îles qu’ils occupent, voilà un extrait du reportage « rendez-vous en terre inconnu » tourné avec Patrick Timsit.

Les premières semaines, nous travaillons donc jour et nuit, car nous avons des rendez-vous téléphoniques à la fois avec les États-Unis, le Brésil, la France ou le Japon…ça demande une certaine organisation. On s’y colle à fond, en imaginant que plus vite nous aurons terminé cette mission, plus vite nous partirons enfin de Padang. Car Padang et ses 800 000 habitants, ce n’est pas facile facile tous les jours à vivre… sans parler de la pollution (j’ai vécu quelques semaines au Caire, donc rien ne m’étonne plus à ce niveau là), les habitants ne sont pas habitués à voir des touristes, et la religion musulmane m’oblige à me couvrir un maximum lors de mes sorties (sans parler de décolleté bien sûr, je dois me passer des manches courtes avec des températures dépassant les 30°C et un taux d’humidité de 90 %…) et à porter t-shirt et caleçon pour me baigner. Nous avons l’impression d’être Brad Pitt et Angelina Jolie car la moindre de nos sorties est source d’attroupements et de pauses photos avec des habitants curieux. Nous avons même déjà eu des badauds prêts à sonner à notre porte pour une petite photo souvenir !

Mais bien sûr, le départ de Padang ne se passera pas aussi facilement que prévu…

To be continued !