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Olentzero, ou la version trash du Père Noël à la sauce basquaise

Pays Basque, Olentzero

S’installer dans une nouvelle région, c’est aussi s’intéresser de plus près à ses traditions. L’hiver dernier, peu de temps après mon emménagement et quelques jours avant Noël, j’ai découvert des badauds et tout un attroupement d’enfants autour d’un type semblant sortir tout droit de Germinal, crasseux, une bouteille de pif à la main et une pipe dans l’autre, portant sur son dos un sac de charbon. Le pire dans tout ça, les enfants avaient l’air de l’acclamer. Je les ai entendu l’appeler avec des mots qui pour moi sonnaient comme un mélange de russe et de vietnamien. Bien sûr c’était du basque.

Bref, une fois rentrée chez moi et après une enquête approfondie, il s’avère que ce personnage sale, mal fringué, vieux, alcoolisé et portant une faucille à la main, est une version locale de notre bon vieux Père Noël. Me vient une pensée pour les petits basques…ici le monde des bisounours n’existe donc pas. Exit le papi joufflu, bien portant et jovial apportant des cadeaux par milliers, l’ami des rennes dont l’objectif dans la vie n’est rien d’autre que le bonheur des enfants du monde entier. Non, ici c’est Olentzero, l’homme recouvert de suie car il passe ses journées à trimer dans les mines de charbon, ce qui lui vaut un fort penchant pour l’alcool. Au moins, les enfants ne se font pas d’illusion sur la vie.

En creusant le sujet, je me rends aussi compte qu’il existe un bon nombre de confusions autour de ce personnage.  Nombreux sont ceux qui déplorent qu’Olentzero soit confondu avec le Père Noël : chacun sa mission. Olentzero à l’origine vient annoncer le solstice d’hiver (personnellement, j’aurais du mal à lui faire confiance sur ce point, mais la tradition veut que…alors bon).  Pour certains, il descend de sa montagne pour distribuer des bûches aux pauvres, pour d’autres il donne du charbon aux enfants qui n’ont pas été sages (« ouh, vilain garçon, tiens je te file du charbon pour la peine »). J’ai aussi lu qu’il annonçait la naissance du Christ, ou encore qu’il avait une énorme tête avec 366 yeux rouges, qu’il fallait éloigner les enfants de lui ou encore qu’il offrait gracieusement des bonbons aux enfants en mode Père Noël tout sympa.

Voici d’autres particularités du personnage, toutes aussi réjouissantes :

-          La faucille lui servirait à couper les fagots, mais aussi à menacer les enfants désobéissants. D’ailleurs, à l’origine pour Noël, on suspendait la faucille à la cheminée (bien plus dissuasif qu’une paire de chaussette avec des chocolats à l’intérieur).

-          Niveau alcool, le pauvre homme est tellement relou qu’il en viendrait à être battu par sa propre femme.

-          Quant au sac de charbon, il se référait à l’importance de ce combustible dans les Pyrénées, mais il symboliserait aussi le soleil qui va recommencer à chauffer la terre après l’hiver.

Moi j’ai envie de dire une chose les gars : ON SE RECENTRE là ! Ça part complètement dans tous les sens !

Au passage, je suis preneuse de toutes rectifications et de tout avis de basque pour rétablir un semblant de logique dans cette histoire à dormir debout (soit dit en passant, j’ai bien conscience que l’histoire du Père Noël est aussi un peu bancale…).

Mais sinon, en commençant à fourrer mon nez dans ces traditions locales, je pense que je vais régulièrement vous en sortir quelques-unes. C’est bien sûr un article à prendre au second degrés, je ne veux surtout pas vexer mes hôtes (même si je n’ai rien inventé, c’est une compilation d’informations trouvées sur le net !), j’aime beaucoup toutes ces traditions encore bien ancrées ici, il va juste falloir que je me crée ma propre version officielle (avant que mon fils ne commence à poser des questions…heureusement il n’a que 3 mois donc ça me laisse un peu de temps). Ce que j’ai bien compris, c’est que le rite collectif d’Olentzero servait avant tout à alerter sur la misère, la pauvreté et la précarité, et c’est tout à son honneur. Peut-être faudrait il alors remettre le personnage au goût du jour pour continuer à faire passer ce message auprès des enfants ?!

Allez, Eguberri on quand même

Capture

Olentzero (Photo de pikeneuy)

Mon premier hiver au Pays Basque

hiver Pays-Basque

On nous avait prévenu : « t’emballes pas, le Pays Basque c’est sympa mais vous verrez, il pleut TOUT LE TEMPS ». On savait bien que ça n’était pas qu’une légende, que certes nos amis étaient jaloux (et bien évidemment dégoûtés de nous voir partir… non les chevilles ça va) mais qu’il y avait un fond de vérité.

Tout ça, c’était sans compter sur L’HIVER 2012-2013, le plus pluvieux depuis 1925 au Pays Basque (paraît-il). D’une certaine façon ça nous rassure un peu, parce qu’on se dit qu’on a peu de chances de revivre la même chose avant 75-80 ans, et que si on a supporté ça sans devenir neurasthénique  alors les prochains hivers seront paradisiaques !

Ceci dit, quand tu vis plusieurs mois sous une pluie intense, voilà quelques anecdotes qui agrémentent ton quotidien :

-          Tu dois avoir plusieurs manteaux/imperméables, paires de chaussures de rechange, car chaque paire mettra bien une journée à sécher

-          Tu dois investir dans un sèche-linge, car autrement tu seras condamné à porter des vêtements sales, ou humides, en attendant le retour du soleil pour faire une lessive et laisser sécher ton linge au « soleil » (de toute façon tu commences à croire que ce jour n’arrivera plus jamais).

-          Prends soin de ta voiture : enlève la mousse qui commence à pousser à l’extérieur (véridique), soulève ton tapis de sol de temps en temps car la moisissure s’y installe rapidement (le tapis ne séchant jamais), pousse le chauffage à fond régulièrement avant que ça ne sente trop fort le bouc humide. Seul avantage : pas besoin de laver l’extérieur de ta voiture de tout l’hiver !

-          Tu commences à avoir des pensées étranges, du style : les oiseaux peuvent-ils moisir s’ils ne sèchent pas pendant plusieurs semaines (pensée émue pour eux qui ont dû vivre un vrai cauchemar…) ?  C’est normal.

-          Tu dois avoir plusieurs bonnes séries à suivre, un stock monumental de bons films, et regarder régulièrement des vidéos où des gens vivent au soleil (pour ne pas oublier, garder espoir et continuer à rêver).

-          Nettoie et sèche (au sèche-cheveux) régulièrement tes sacs à main et chaussures en cuir qui sont particulièrement sensibles à l’humidité et moisissent en un rien de temps (bon, on habitant à côté d’un cours d’eau, ça n’arrange peut-être pas les choses).

Voilà un petit échantillon. Et surtout, ne pas perdre espoir quand tout le monde te dit que l’été sera forcément pourri aussi (en te sortant un paquet d’explications scientifiques qui ne laissent aucun doute sur la véracité de l’info…) : après un hiver dans le lave-linge, voilà l’été dans le sèche-linge !

Malgré tout, nous avons donc survécu à notre premier hiver basque, et on avoue même qu’on aimerait bien un petit orage de temps en temps (sans trop oser le demander…), histoire de faire baisser la température estivale (mais rétrospectivement, si je m’entendais je me foutrais bien une paire de baffes).