outsiders krew Indonésie

13 fév Share the word : interagir à travers l’art

« Share the Word », voilà un joli nom pour un coup de cœur. Un de ces projets qui nous rappelle qu’il se passe de belles choses sur notre planète. C’est l’histoire de Seb Toussaint (graffeur) et Spag (photographe), deux amis qui ont fait le tour du monde à vélo. Pendant leur voyage, ils ont pris conscience que les lieux qui les intéressaient le plus, ceux qui les touchaient réellement étaient rarement les sites touristiques, mais les villages, zones industrielles ou quartiers défavorisés à la périphérie des villes qu’ils ont traversé. C’est là qu’ils ont fait les plus belles rencontres, et c’est pour mieux retourner là-bas qu’ils ont créé le collectif « outsiders krew » en 2013.

Interagir à travers l’art

À leur retour en France, ils ont eu envie de repartir dans ces lieux qui les ont marqués. De cette envie est né le projet Share the Word pour leur permettre d’interagir avec ces communautés à travers l’art.

Concrètement et pour résumer : les deux artistes choisissent un quartier défavorisé ou un bidonville et peignent sur les murs des mots qui leur ont été donné par les habitants, ces mots qui symbolisent leurs vies, leurs espoirs, leur quotidien. Il y a tout d’abord un travail de concertation, d’échange et de collaboration entre les deux amis et les communautés, ce qui donne au projet sa racine humaine, sociale, affective. Pendant que Seb graffe, Spag met en images tous ces gens qui font la vie des quartiers. Bien sûr, des européens qui viennent graffer dans ce type de quartier, ça ne laisse personne indifférent.

share the word, bogota

L’art devient alors un pont entre les artistes et la communauté, entre les habitants de la communauté elle-même et entre cette communauté et l’extérieur. En Indonésie par exemple, leur travail a été mis à l’honneur dans un journal national ce qui a attiré des personnes extérieures au quartier, curieux de découvrir ces œuvres d’art. À Kathmandu, de jeunes artistes locaux sont même venus travailler avec eux. Pour comprendre, rien de mieux que visionner les vidéos qu’ils mettent en ligne à la fin de chaque opus, comme cette vidéo sur Kathmandu.

5ème opus à Mazarita, un bidonville dans la banlieue du Caire

Le projet Share the Word a déjà été réalisé en Indonésie (à Jakarta), au Kenya (à Nairobi), en Inde (à Kathmandu) et à Caen (dans un ancien quartier industriel). En ce moment même, les deux artistes sont dans le bidonville de Mazarita, au Sud-Est du Caire.  Ce quartier pauvre est situé entre une décharge et un cimetière juif et vu les premières photos que le collectif partage sur instagram, le résultat est encore bluffant ; une expo à ciel ouvert. J’attends avec impatience d’en voir un peu plus, et se sera de toutes façons l’objet d’un prochain article.

Share the word Mazarité

Share the word à Mazarité, sud-est du Caire

Pourquoi j’aime ce projet

Dans ce projet, je n’arrive pas à trouver « l’effet indésirable », ce truc qui ne saute pas aux yeux mais que les détracteurs ou les casses c******s arrivent généralement à dénicher. Moi aussi, j’avoue, je le cherche souvent ce petit truc, l’anguille sous la roche, la vipère sous le gazon, le lapin sous le buisson,  l’effet pervers quoi, surtout dans des cas comme celui-ci. C’est souvent très délicat d’amener un projet au cœur d’une communauté quand on est étranger, d’autant plus quand ces communautés sont marginales, isolées, pauvres. D’ailleurs, j’imagine que les deux artistes ne doivent pas avoir que des expériences positives sur place (c’est à creuser, je leur poserai la question !), mais clairement Share the Word a l’air d’être une expérience positive pour tout le monde. Pour Seb et Spag indéniablement, pour les populations locales sans aucun doute car cette approche collaborative ouvre le dialogue et l’esprit et l’art est un superbe outil d’expression. Ce n’est pas de l’humanitaire, ils ne sont pas là pour donner puis repartir, pour enseigner unilatéralement, ici c’est un véritable échange, c’est une ouverture vers le monde de l’art, vers le monde en général et ces graffs sont un superbe cadeau. J’imagine que de leur passage naît à chaque fois de nouveaux artistes qui s’ignoraient peut-être, et un peu plus de couleur dans ces vies au quotidien.

graff kathmandu

Outsiders krew graff un ancien monastère à Kathmandu

share the word Indonésie

Share the word en Indonésie

graffeur

share the word cairo

 

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