Océan, mon ami ?

On a tous des peurs, des angoisses plus ou moins présentes dans notre quotidien. Certains peuvent vivre avec, s’en accommoder, mais pour d’autres c’est un challenge quotidien à relever. Certains ont peur de la foule, du vide, des araignées ou des serpents, d’être malade, de parler en public… Personnellement je pense n’avoir aucune de ces peurs, même si les araignées ne sont pas mes amies. Par contre, s’il y a bien une chose qui m’impressionne et m’effraie autant qu’elle m’attire, c’est l’océan. Mais cette année, j’ai décidé qu’on deviendrait de vrais amis.

Chercher à comprendre

Bon, ok, l’océan ça peut être dangereux, mais de là à en avoir peur hein… chochotte. (attention je vous entends d’ici). J’ai bien compris depuis longtemps que la peur est totalement irrationnelle. Elle va se nourrir de plein d’éléments vécus, entendus, imaginés. Elle va s’imposer de façon insidieuse, petit à petit, jusqu’à prendre contrôle de vous,  vous empêchant ainsi d’agir contre elle (c’est une connasse, n’ayons pas peur des mots).

En ce qui me concerne, ma peur actuelle remonte à l’enfance et s’est construite d’années en années. Ça a commencé petite, lorsque dans mon village (un petit port de Charente-Maritime appelé Meschers, pour ceux qui ont déjà mis les pieds du côté de Royan), on se racontait des histoires glauques de noyades, de têtes coupées par des hélices de bateaux, ou lorsqu’en C.P. on annonce a ma copine de classe que son oncle pêcheur est passé par dessus bord et qu’ils ne l’ont pas retrouvé.

À 10 ans j’ai participé à une compétition de natation en mer, et je n’ai pas réussi : lorsque j’ai sauté du zodiac, la peur m’a submergée. Et pourtant, prenant des cours de natation et habitant à 500 mètres de l’océan, cet élément était loin de m’être étranger. Mon imagination exaltait, je pouvais facilement m’imaginer croiser le cadavre d’un pêcheur noyé depuis 15 jours ou un requin tigre en pleine partie de chasse dans la baie de Royan. Facile.

La mer fait partie intégrante de ma vie car j’ai toujours vécu à proximité d’elle et il n’en sera jamais autrement. À 15 ans j’ai passé mon baptême de plongée, une expérience qui ne m’a pas laissé d’excellents souvenirs même si c’était en Guadeloupe. Je préférais de loin nager en surface ou à proximité de la plage. Puis quelques années plus tard mon aventure égyptienne a commencé, et j’ai eu la chance d’accompagner des groupes de touristes en Mer Rouge une vingtaine de fois et de plonger avec eux (sans bouteille). En tant que guide-accompagnatrice, il fallait que j’assure. Sur certains sites isolés à l’époque, notamment Sharm el Naga, j’ai vu des fonds magnifiques, tellement beaux que je ne pensais plus à avoir peur. Du côté d’Hurghada, le spectacle était plutôt désolant à cause de la surpopulation, mais ceci est un autre sujet. Tout se passait très bien, mais j’étais un vrai pot de colle avec le guide de plongée. Je ne sais pas ce que mon imagination pouvait chercher, mais impossible de me sentir à l’aise dès que le fond de l’océan était un bleu soutenu, duquel je pouvais imaginer remonter un requin tigre ou l’équipage noyé d’un sous-marin russe.

dahab blue hole

Zen avant de plongée dans le Blue Hole. Définition Wikipédia : « Le Blue Hole de Mer Rouge est un trou bleu d’environ 130 mètres de profondeur. Il est situé en Égypte, à l’est du Sinaï, à 8 km au nord de Dahab. C’est un site de plongée sous-marine aussi réputé que dangereux. » Je suis restée en surface…

J’ai testé ma peur de l’océan dans les vagues des îles Mentawai, alors que je savais à peine surfer. Vous me direz que je l’ai cherché, et c’est pas faux. J’ai testé ma peur de l’océan dans les vagues de Bali, et j’ai réellement failli me noyer avec une copine dans les vagues de Dreamland. D’ailleurs je ne remercie pas les « sauveteurs » qui nous ont regardé lutter contre le courant de toutes nos forces pour essayer de revenir à bord, qui nous ont vu paniquer et imaginer le pire, être à deux doigts de la syncope sans pour autant bouger un orteil. Ce jour-là, j’ai cru que mon cœur allait sortir de ma poitrine et que quelqu’un allait me retrouver dans 15 jours toute gonflée sur une plage de Bali.

La phase de combat

En 2005 je suis partie 6 mois à Bora Bora, et j’ai décidé de faire un premier pas vers mes peurs : j’ai nagé avec les requins. En faisant les choses par étapes, j’ai d’abord pataugé au milieu d’une nursery de requins, histoire de faire risette avec les bébés requins pointe noire. Checked. Deuxième étape : une plongée avec les parents de ces petits requins pointe noire, ainsi qu’avec des requins gris de récif et des requins citron. Etrangement, avec une bonne préparation et bien accompagnée, l’expérience n’a pas été si difficile que ça (sauf ce boulet d’américain qui avait mis des couleurs flashis et qui avait tendance à me coller un peu trop, d’ailleurs il a failli se faire dévorer la main par une murène). Je crois que les requins et moi, on est presque devenus copains. J’ai même pris à cœur d’expliquer à qui voulait l’entendre que le shark feeding à l’époque très pratiqué en Polynésie était une vraie connerie. Laissons les requins tranquilles. Je me suis mise à nager seule sans avoir peur (ceci dit, depuis que j’ai vu un chien jouer à trappe trappe avec un requin pointe noire, je me suis bien détendue). Bref, j’étais sur la bonne voie pour me sentir dans mon élément dans l’océan.

Mais c’était sans compter sur la série d’attaques de requins en Mer Rouge après lesquelles j’ai continué à plonger la peur au ventre du côté d’Hurghada (on dit que le guide doit montrer l’exemple, non ?).

Mer rouge plongée egypte Hurghada

Plongée pas très intimiste à Hurghada

Mais c’était aussi sans compter sur un de mes voyages au Sénégal, cette fois ci en amoureux pour trois semaines de vacances entre Dakar et la Casamance. Après une nuit de bateau entre Ziguinchor et Dakar, nous posons les pieds à terre au petit matin, crevés (et nous apprenons la mort de Mickael Jackson, cette journée commençait déjà mal). Nous trouvons un petit hôtel sympa au nord de Dakar en bord de mer. Nous faisons une sieste matinale pour prendre quelques forces et vers 11h nous décidons de sortir sur la plage à la recherche d’un petit café. En marchant le long de la mer, nous apercevons une forme humaine, raide, les bras levés, se balançant au rythme des vagues. À quelques mètres, des gens se baignaient en toute tranquillité. Je pense que c’est un mannequin, ça ne peut pas être autre chose. Je m’approche, encore plus près, j’ai besoin de bien le voir pour y croire. Il s’agit bien d’un cadavre, un jeune homme d’une vingtaine d’années qui s’était noyé 10 jours plus tôt, surpris par la puissance des courants avec plusieurs de ses amis lors d’un exercice de natation (ça on l’a appris plus tard, il n’y avait malheureusement pas de voix off pour nous expliquer). Si jeune, si baraqué, comment l’océan a-t-il pu n’en faire qu’une bouchée ?

Maintenant que j’habite au Pays Basque, l’océan fait à nouveau parti de mon quotidien. J’ai retenté le surf, je fais de la pirogue-polynésienne en club, je cherche un stand up paddle pour me faire de belles balades et petits surfs dans la baie après le boulot. Ma moitié est un passionné de surf, mon fils le sera aussi (même si il ne le sait pas encore).

Pour tenter de mettre un terme à mes peurs irrationnelles, j’ai décidé de passer mon niveau 1 de plongée cet été. Autant vous dire que ça m’angoisse un peu (et peut-être beaucoup quand l’échéance approchera), car ça sera un vrai challenge pour moi. Je suis très à l’aise au dessus de l’eau et j’adore y plonger mes mains assise dans ma pirogue, mais découvrir les profondeurs, c’est une autre histoire. Il faudra que je briefe bien le moniteur avant pour qu’il comprenne. J’ai l’espoir qu’après ça je ne conserve que le côté rationnel de ma peur pour l’océan, et ce côté-là je compte bien le conserver car face à l’océan il ne faut jamais être en totale confiance.  En attendant je garde en tête la dernière plongée que nous avons fait sur l’île de Saba, un des plus beaux spots au monde, parfait pour moi : visibilité incroyable (ça en fout un coup à mon imaginaire qui fait moins le malin), une quinzaine de tortues au compteur en à peine une heure de snorkelling. Finalement, le paradis serait-il sous les mers ?

Plongée ile de saba antilles

Snorkelling à l’île de Saba, Antilles

Et vous, avez-vous des peurs contre lesquelles vous essayez de lutter ? Est-ce que certains d’entre vous ont le même sentiment face à l’océan ?

2 Comments on Océan, mon ami ?

  1. fafa
    3 juillet, 2014 at 8:21 (7 mois ago)

    arf tomber sur un cadavre… c’est arrivée à une amie ici qui voulait profiter d’une plage nigeriane, elle est tombée nez à nez avec le cadavre d’un pêcheur… le choc! Et sinon moi ma grande peut c’est le vide. J’ai même fait une crise d’angoisse en prenant les escaliers dans la Sagrada Familia à Barcelone quand j’étais lycéenne…
    fafa Articles récents…La beauté et la féminité au NigériaMy Profile

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    • Mes_basques
      4 juillet, 2014 at 1:56 (7 mois ago)

      Incroyable le nombre de personnes qui ont peur du vide… Quand j’étais accompagnatrice, on avait une journée de rando en montagne et il y avait un passage en haut d’une falaise : pas une fois je n’ai échappé au touriste paniqué !
      De toutes façons on a tous nos angoisses, l’idée c’est d’arriver à vivre correctement avec ;-)

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