enfant réfugié plage

03 sept Echoué, à l’image de nos consciences

Je n’avais pas l’intention de parler de ça, ici, maintenant, sur le blog.

Mon prochain article devait parler du désert, du sentiment incroyable qu’on peut ressentir quand on y passe plusieurs jours, loin de tout, loin de tout le monde. Regarder au loin, ne pas voir âme qui vive, ne pas entendre autre chose que le souffle du vent, ne plus avoir de réseau téléphonique, ne plus être connecté à internet. J’avais envie d’en parler car le désert me manque.

J’y allais souvent, dans mon autre vie professionnelle. Tous les deux mois environ, je prenais ma dose de remise en question  et d’inspiration au milieu du sable et des rochers, que ce soit dans le désert blanc d’Egypte, le désert arabique sur les côtes de la mer rouge, mon merveilleux désert du Sinaï ou encore le Wadi Rum en Jordanie.

Aujourd’hui, j’aimerais être dans le désert plus que jamais quand j’ouvre mon compte facebook ou que je parcours Twitter. J’y suis toute la journée, car c’est sur ces réseaux sociaux que je travaille. Difficile de bosser pour mes clients sans regarder ce qui se passe à côté. Et puis surtout, il y a des sujets qui me préoccupent depuis longtemps, comme nombre d’entre nous.

Je me souviens du jour où, adolescente, j’ai pris conscience de la chance que j’avais d’avoir un passeport français. Pouvoir prendre l’avion et partir n’importe où, si je le veux à partir du moment où j’en ai les moyens. Je me suis demandée comment, pourquoi un être humain, ailleurs dans le monde, se voyait interdire la possibilité de se déplacer hors de ses frontières dans de nombreuses zones du globe. On ne choisit pas notre lieu de naissance, mais il me semblait, dans mon monde encore naïf, qu’on pouvait choisir sa vie. Surtout si on doit fuir une mort certaine. On est tous plus ou moins sensible à quelque chose, moi c’est l’injustice qui m’a toujours soulevé le cœur.

La photo, bien sûr, ma choquée. Je l’ai découvert avant la parution dans The Independant sur le compte de l’AFP. Mais « Somebody’s child », le titre du journal est presque aussi fort que la photo. Mon fils a deux ans et bien sûr je ne peux pas m’empêcher d’imaginer que ça aurait pu être lui, si on était né là-bas, si on avait eu le courage comme ses parents de tout quitter, d’affronter l’enfer dans l’espoir d’une vie meilleure pour lui. Je viens de faire une demande de passeport pour mon fils pour notre prochain voyage, c’est si facile que c’en est presque indécent face à la réalité de notre monde.

J’ai été choquée par cette photo mais je l’ai regardée car une image parle souvent mieux que des milliers de discours. Je comprends que la douleur rende certains en colère face à cette image qui s’impose à nos yeux, que certains jugent impudique. Mais pour parler de respect et de pudeur, il aurait fallu s’éveiller plus tôt au lieu de regarder la guerre au loin, confortablement installés dans nos canapés. C’est sûr, comme ça c’est plus facile à supporter.

Mais l’émotion passée, que restera-t-il ? Nous étions des milliers à défiler dans les rues de Paris il y a seulement quelques mois, contre la barbarie et la folie de l’intégrisme. Et tous ces réfugiés et ce petit Aylan, que fuyaient-ils ? Après avoir montré au monde notre indignation le 11 janvier, qu’avons-nous fait à part décliner l’offre européenne sur les quotas obligatoires de réfugiés ?

Ce petit ange méritait de courir encore et encore avec ses belles chaussures noires. En voyant cette image, j’y ai vu l’injustice au sommet de son infamie. Je me suis vu moi, française, habitante de cette planète, dans ma maison, à mon bureau, sur mon ordi, responsable de ce gâchis. Responsable de ces milliers de morts qui essaient de trouver un semblant de paix sur une terre d’asile, sur une planète qui ne nous appartient pas plus qu’à eux. Je n’ai rien fait contre ça, rien, à part râler et m’indigner.

Ce bébé échoué sur une plage est à l’image de nos consciences, échouées, noyées avec lui.

6 Commentaires
  • cherrylouise
    Posté à 16:50h, 03 septembre Répondre

    Sûrement les mots les plus justes et forts que j’ai lu depuis ce matin. Merci pour le partage.

    • Claire
      Posté à 17:10h, 03 septembre Répondre

      Merci Louise, ton message me touche beaucoup…

  • Juliette
    Posté à 19:23h, 03 septembre Répondre

    J’ai également envie d’en parler. J’ai apprécié de lire un texte à ce propos aujourd’hui dans un blog. Je n’arrive pas à trouver mes mots, l’image m’a hanté toute la journée et ça me hante d’avantage quand je pense à ces gens. J’y pensais déjà régulièrement, mais cette image ça a été un choc. Perso j’ai un blog à propos de voyages aussi, et je me dis que nous on voyage pour le plaisir tandis que d’autres font des voyages interminables et dangereux pour espérer un monde meilleur qui en général ne l’est pas forcément. Ca me fait vraiment mal de voir tout ça.

    • Claire
      Posté à 21:02h, 03 septembre Répondre

      Oui, c’est là toute l’injustice et l’indécence d’être parmi les privilégiés, d’en profiter et de se sentir impuissant…

  • Océalie
    Posté à 20:36h, 03 septembre Répondre

    Je ressens un peu les mêmes choses que toi Claire, de plus en plus fréquemment, notamment quand je regarde le journal télévisé. La tristesse et l’impuissance m’envahissent. Presque la déprime. Mais il faut garder cette vision humaniste, altruiste et bienveillante, qui pousse à rester optimiste. Je reste persuadée que l’on peut faire bouger les choses, en aidant par exemple certaines personnes à prendre conscience de leur égocentrisme. Cette photographe a pris un bien triste cliché, mais elle peut être fière d’elle pour la prise de conscience qu’elle suscite ;)

    • Claire
      Posté à 21:03h, 03 septembre Répondre

      Tu as raison Alicia, l’important c’est de rester optimiste et d’essayer tant bien que mal de faire bouger les choses, chacun à notre niveau.

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