N’oublions pas l’Égypte

Je me souviendrais toujours de ce mardi 25 janvier 2011. J’étais au boulot, en train d’organiser les derniers préparatifs pour les départs en vacances de février de mes nombreux clients, à destination de Louxor, du Caire, d’Hurgada et aussi d’Amman. L’Égypte et la Jordanie n’ont jamais été autant à la mode. L’agence de voyage pour laquelle je bosse s’est spécialisée dans les circuits aventure sur ces deux destinations, et depuis 4 ans elle cartonne. Tellement que je suis obligée de partir presque à chaque vacances pour accompagner des groupes, par manque de guides-accompagnateurs sur le terrain. Je venais tout juste de prendre mon billet d’avion pour Louxor, et comme je n’avais pas pu partir pour Noël j’étais surexcitée à l’idée de retrouver tout mon petit monde là-bas. Randos, rencontres, culture, nature : c’était notre créneau, et l’Égypte était la destination parfaite pour rendre les vacances de nos clients inoubliables.

Ce mardi 25 janvier, c’était la haute saison touristique là-bas, tout le monde se préparait pour le grand rush des vacances de février. Jusqu’à ce que la fenêtre skype s’ouvre sur mon ordi, et la voix de Mohamed hurle « c’est la révolution ! Au Caire tout le monde est dans la rue, Moubarak va partir ! ». Je suis sur le cul très étonnée de ce qu’il me dit. J’avais déjà parlé à plusieurs reprises de Moubarak avec certains collègues égyptiens qui n’avaient pas la langue de bois (et ils se faisaient rares), ils étaient persuadés que personne n’oserait jamais descendre dans la rue. Les arguments qui revenaient souvent, étaient « Les égyptiens sont un peuple pacifique, et puis nous sommes pauvres, nous n’avons aucun pouvoir. La répression est omniprésente, on pourrait même finir en prison si quelqu’un entendait cette discussion ! ». Et c’était vrai. C’était même hallucinant, au quotidien. Les militaires omniprésents, partout et pour tout. La peur, l’angoisse de dire un mot de trop, alors descendre dans la rue…c’était bien loin dans leur « to do » list.

Ce 25 janvier, comme mes amis égyptiens, j’étais ravie. Inquiète pour la suite, pour eux, pour moi aussi, mais ravie. Comme un feuilleton passionnant, je n’ai pas lâché la rediffusion d’al jazeera en direct de la place Tahrir, et le soir, de retour chez moi, je n’ai pas décroché des diffusions en live. J’avais des amis à la maison mais qu’importe, ce qui arrivait était historique !

Et puis et puis… Et puis Moubarak est parti (hourra), et puis les forces de l’ordre ont investi la place Tahrir, accompagnés des chameliers des pyramides de Guizeh (« grassement » payés pour l’occasion) qui décimèrent leurs amis/voisins/concitoyens à coups de machettes, et puis les partis islamistes remportent près de 75% des places au parlement, et puis Morsi est élu puis destitué par l’armée, et puis des milliers de morts s’accumulent de mois en mois, puis d’années en années. Et voilà, nous sommes en 2014. Aujourd’hui les égyptiens sont fatigués, résignés.

Certains de mes amis réussissent à vivre grâce à leurs champs, ou en donnant des cours de langue, ou encore de petits boulots manuels, mais ceux qui avaient tout misé sur le tourisme survivent et s’enfoncent un peu plus chaque jour dans la misère. Depuis ce mardi 25 janvier 2011, je ne suis pas retournée en Égypte, mon deuxième « chez moi », là où j’ai vécu puis voyagé tant de fois. J’ai perdu mon boulot comme bon nombre des personnes avec qui je travaillais en France, mais j’ai rebondi comme la plupart d’entre nous. Mes amis égyptiens ne peuvent pas tourner la page, passer à autre chose, prendre un nouveau départ…et avec le temps, les nouvelles d’Égypte passent inaperçues dans nos actualités quotidiennes.

Des élections présidentielles sont programmées les 26 et 27 mai 2014, avec un score final qui laisse déjà peu de place au doute. Le maréchal Sissi qui est l’origine l’éviction de Mohamed Morsi (seul président jamais élu démocratiquement en Egypte…) est aujourd’hui très populaire et représente à merveille la main de fer de l’armée Égyptienne sur ce pays. Si tel est le cas, on peut espérer une stabilisation de la situation politique, une baisse du terrorisme mais probablement un retour du pouvoir autoritaire, comme sous l’aire Moubarak. Au final, un genre de retour au point de départ, difficile à encaisser mais probablement bien plus bénéfique pour le pays que la situation actuelle… et qui je l’espère sonnera le retour en force du tourisme en Égypte !

Vallée du Nil - Edfou

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