mosquée au caire

29 mar Mon immersion en pays musulman

On parle beaucoup d’Islam en ce moment et depuis un certain temps, la majorité du temps dans des termes pas très positifs. Mais cette religion reste une grande inconnue pour la plupart d’entre nous, qui ne sommes pas de confession musulmane. Malheureusement, l’inconnu est souvent à l’origine de peurs infondées et surtout la base de tous les amalgames.

Quand j’ai posé mes valises dans l’un des pays moteurs de la civilisation arabo-musulmane, l’Égypte, je ne connaissais pas grand-chose à l’Islam. Plus qu’un pays à 95% musulman (et 5% coptes), c’est au Caire qu’est fondée l’université d’Al-Azhar, la plus haute autorité du monde musulman sunnite. Un pays très peuplé, très croyant, qui met la religion musulmane au cœur de ses habitudes de vie, de son quotidien.

Pas toujours évident de connaître le fonctionnement  d’une religion qui est souvent incomprise par nos sociétés occidentales. Je vous avoue, je n’ai pas lu le Coran ni fait d’étude approfondie sur l’histoire de l’Islam et ses divers courants (j’espère que vous ne m’en voudrez pas), mais par contre j’ai essayé de comprendre au mieux comment la religion rythmait le quotidien des égyptiens musulmans que je côtoyais tous les jours.

mausolée aga khan

Le superbe mausolée Aga Khan d’Assouan

La spiritualité avant tout

Voici une des premières anecdotes peu de temps après mon arrivée en Égypte, qui révèle la place de la religion dans la société égyptienne. Dans une conversation toute banale, un égyptien me montre sa carte d’identité sur laquelle il est inscrit sa religion. Bien sûr, j’ai d’abord été très surprise que cette mention soit ainsi écrite noire sur blanc sur un document officiel. Je lui ai alors posé la question : « et si tu n’as pas de religion comme moi, qu’est-ce que tu écris ? ». Question bête, hein… en Égypte, tu ne peux pas ne pas avoir de religion. Ma question l’a franchement interloqué car pour lui, il était impossible, inconcevable de ne pas avoir de dieu. Mieux vaut dire qu’on est chrétien plutôt qu’athée. D’ailleurs, un long combat judiciaire avait mis en avant cette problématique pour quelques rares égyptiens de la religion bahaie (religion non reconnue par l’état) qui ne pouvaient avoir de pièce d’identité ni d’existence légale (ils ont gagné le droit de laisser la case vide en 2009). Depuis ce jour j’ai pris l’habitude de dire que j’étais chrétienne quand on me posait la question, et ça passait bien mieux.

Les Piliers de l’Islam

Oui bien sûr, tout le monde en a déjà entendu parler, et la majorité savent bien qu’ils sont au nombre de cinq. Mais après, de là à dire ce qu’ils sont et à quoi ils servent, on perd un peu de monde. Pour s’intégrer à la communauté musulmane, il faut suivre une pratique résumée dans les cinq Arkan, les piliers de l’Islam. Je vous rassure, on va faire simple :

1er pilier : le Chahada

C’est la profession de foi, très brève, à prononcer devant deux témoins et que l’on peut traduire par « J’atteste qu’il n’y a pas de divinité en dehors de Dieu et que Muhammad est l’envoyé de Dieu ». À ce stade, il n’est donc pas difficile de se convertir à l’Islam.

2ème Pilier : Salat

Les cinq prières journalières obligatoires, tournées vers  la Ka’ba de la Mecques. On ne peut pas passer à côté, le muezzin le rappelle tous les jours dès les premières lueurs du soleil (personnellement j’adore l’entendre, même quand il chante faux). Si le travail ne permet pas de faire la prière à l’heure habituelle (je pense aux guides touristiques et chauffeurs avec lesquels je travaillais), la pause suivante était prioritairement dédiée à la prière (mais quelques-uns n’y attachaient aucune importance, ils étaient quand même plutôt rares).

Les 5 prières ont lieu dans l’ordre : à l’apparition du bord du disque solaire (es sobh), juste après le moment où le soleil a franchi le zenith (az-zouhr), au milieu de l’après-midi au moment où l’ombre du minaret est égale à sa hauteur (al-‘asr), au coucher du soleil (al-maghreb), à la nuit noire environ 1h30 après le coucher du soleil (al-‘icha).

3ème pilier : Zakat

C’est une obligation légale, destinée à manifester la solidarité des plus riches envers le plus pauvres, vu que toute richesse est d’origine divine. C’est en quelque sorte un impôt sur les bénéfices et les salaires (ou un don individuel selon les pays) pour alimenter une sorte de mutuelle qui doit servir à ceux qui ont en besoin (écoles coraniques, malades etc.).

4ème pilier : le Siyam

C’est le jeûne du ramadan. Pendant tout le mois lunaire de Ramadan, la communauté se consacre à la foi et  fait abstention de nourriture, boissons, rapports sexuels ainsi que l’ensemble des « Moufattiratt» (tout ce qui annule) du lever de l’aube au coucher du soleil. Une totale dévotion à la religion, un renoncement de tous les plaisirs pour se recentrer vers l’essentiel. Jamais un moment facile, surtout pendant les périodes très chaudes, lorsque les températures dépassent facilement les 40°C et que les plus pratiquants s’interdisent de boire une goutte d’eau même lorsqu’ils se lavent les mains (un vrai supplice). Pendant cette période, tout tourne au ralenti, sauf la nuit.

5ème pilier : le hag

Le pèlerinage à La Mecque, à accomplir au moins une fois dans sa vie. Certains s’endettent lourdement ou vendent une partie de leurs terres pour bénéficier de la « baraka » que peut leur apporter ce voyage. C’est aussi un véritable business pour les organisateurs de voyage…

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Manger halal, manger légal

Le lait, le miel, les légumes et les fruits, les légumineuses, les noix et arachides, les fibres (blé, riz, avoine…) ainsi que les poissons sont halal. Niveau viande, la vache, le poulet et le mouton sont halal sous réserve qu’ils aient été abattus convenablement. L’animal doit être tenu au sol, conscient et sa gorge tranchée avec un couteau bien aiguisé pour être certains que les trois vaisseaux principaux soient coupés. La personne qui s’en occupe doit prononcer le nom d’Allah ou réciter une invocation. Pour l’avoir vu de mes yeux sur un gentil petit mouton, ça n’est pas un de mes meilleurs souvenirs. À première vue, pour nous qui ne sommes pas habitués à voir des animaux se faire tuer (tué loin des yeux, l’entrecôte passe mieux), ça peut paraître barbare. Mais finalement, l’objectif est de tuer l’animal manuellement (en prenant donc conscience de son geste), sans faire souffrir l’animal tout en prononçant le nom de dieu, car normalement il est le seul autorisé à reprendre la vie qu’il a donné. Plutôt un signe de respect.

Tout ce qui n’est pas halal est haram. On peut citer le cochon (qui m’a bien manqué, merci aux amis qui ramenaient un petit saucisson dans leurs valises), le sang, les animaux carnivores, les reptiles et insectes et tous les animaux qui n’auraient pas été égorgés selon la charia.

manger halal egypte

J’ai appris encore bien d’autres choses sur l’Islam pendant cette année en Égypte, mais pour les citer il me faudrait bien plus d’un article. Je vous passe les principales fêtes et événements religieux qui, vécus par plus de 90% de la population font évoluer radicalement le rythme de vie et l’activité économique, surtout pour le Ramadan.

L’Égypte regroupe un vrai mélange entre Islam et croyances mystiques bien ancrées originaires du Soudan ou d’Ethiopie (dont je parlerai dans un prochain article), un gros mélange de spiritualité et de mysticisme qui parfois m’émerveillait ou me stupéfiait, moi et mes yeux d’athée originaire d’un pays laïque.

 

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