galères voyage

28 avr Galères de voyage, les meilleurs souvenirs ?

Un voyage sans galère, ça n’existe pas. En tous cas, pas chez moi. Chaque voyage que j’ai pu faire jusqu’à maintenant comprend son lot de moments difficiles, agaçants, stressants, inquiétants. Certains ne sont finalement que des détails, d’autres ont carrément pris le dessus sur le reste et ont donné une toute autre dimension au voyage. Finalement, pour la plupart, ils représentent après coup de superbes souvenirs de voyage qu’on adore se rappeler et raconter à notre retour !

Vous voulez un bel exemple ?

Lors de notre trip en Indonésie, nous avons expérimenté deux semaines sur une île déserte (je vous en parlerai dans un autre article). C’était juste après notre passage décevant chez les Hommes Fleurs, et on espérait que ce nouveau chapitre allait être plus réussi. Aujourd’hui, à l’emplacement de ce coin de paradis s’est installé un surf-camp qui accueille chaque jour son lot de surfeurs australiens. Mais à l’époque, il n’y avait strictement rien. Une cabane, un réchaud et quelques ustensiles de cuisine, un tapis pour dormir, un hamac, un point d’eau à l’extérieur. Basta.

Mentawai, indonésie, voyage

Notre bungalow sur l’île de Niang Niang

Nous sommes partis avec toute notre nourriture et de l’eau pour 15 jours. C’est un pêcheur rencontré sur l’île de Siberut qui a accepté de nous emmener en pirogue sur l’île de Niang Niang. Au moment de le quitter, nous convenons qu’il passera nous chercher dans 15 jours exactement. Nous lui donnons toute notre confiance, car bien sûr pas de réseau sur l’île.

Installés dans notre petit coin de paradis, les jours passent tranquillement avec leurs lots de moments inoubliables tels qu’on peut l’imaginer, et de moments d’angoisse et d’ennui (et oui, la vie n’est pas rose tous les jours sur une île déserte, même si on sait qu’il y aura une fin…). Au bout de 10 jours, nous nous rendons compte que, logiquement, nos réserves de nourriture se sont très affaiblies. Il ne reste presque plus de féculents, et pourtant nous avons fait attention à rationner nos repas comme prévu. Il nous reste 5 jours à tenir, les denrées périssables sont terminées depuis longtemps et nous n’aurons pas assez pour les trois derniers jours (de toute façon impossible de conserver des denrées sans frigo sous un climat si chaud et humide). On est entouré d’eau poissonneuse, mais nous n’avons pas le matériel pour pêcher…pourtant on aurait apprécié un poisson grillé autant qu’une bonne douche tiède à jets multiples ! Nous avons des noix de coco, et grâce à ça nous sommes sûrs de ne jamais manquer de nourriture si on oublie de nous chercher… mais ça fait plusieurs jours qu’on a attaqué les cocotiers autour de la cabane et on commence déjà à saturer. Finalement, quitte à vivre l’aventure à fond, on attaque les racines, mais pas n’importe lesquels : le manioc (aujourd’hui je me demande encore comment on a fait pour le reconnaître…peut-être l’instinct primitif ?). Et finalement, les chips de manioc c’était pas mal du tout !

plage rêve indonésie

Notre plage de rêve sur l’île de Niang Niang

Le matin de notre retour, nous sommes prêts. Le board bag (= housse spéciale pour transporter les planches de surf, pour les non-initiés) est rempli à craquer avec trois surfs et des vêtements pour ces 6 mois de trip. Nous avons également un sac à dos chacun. On se pose sur la plage, à 9 heures, comme prévu. Le temps passe, rien à l’horizon. 10 heures. 11 heures. On commence le tour de l’île, on prend un peu de hauteur. Toujours rien.

La houle grossie. On commence à s’inquiéter sérieusement. On imagine tout. Rester là, sur cette plage, jusqu’à ce qu’un surf boat passe et lui faire de grands signes. Faire un grand feu pour se faire repérer. Faire le tour de l’île en espérant trouver un pêcheur de passage. Chercher du manioc pour nos prochains repas. On regarde notre réserve d’eau potable qui est proche de 0. On commence à paniquer sans trop oser se le dire.

Puis en début d’après-midi, on aperçoit au loin une petite pirogue qui se débat au cœur de la houle. Notre sauveur. Sa pirogue nous semble beaucoup trop petite pour porter tout notre matériel, mais on va tester. La manœuvre pour rejoindre la plage est compliquée car les vagues sont impressionnantes, les îles Mentawai ne sont pas le paradis du surf pour rien. Quand la pirogue accoste, notre pêcheur nous fait signe de nous dépêcher de mettre nos sacs à bord avant que la prochaine série arrive. On court, on se dépêche mais c’est lourd et encombrant. On arrive à poser le board bag mais un grosse vague vient s’écraser sur la pirogue et tout se retrouve dans l’eau. Il était déjà lourd mais là il fait au moins le triple de son poids. Il faut rapidement écoper, ajouter nos deux sacs et essayer de repartir sans chavirer, mais avec tout ce poids la manœuvre est encore plus compliquée. La série arrive, on saute à bord, la pirogue essaie de prendre la vitesse mais on n’échappe pas aux vagues. Trempés jusqu’aux os, les sacs sous l’eau, on écope à toute vitesse pendant que notre pêcheur essaie tant bien que mal de nous sortir de cette galère. Quelques minutes plus tard, on souffle enfin, le plus dur est fait. On en rigole presque tous les trois.

On regarde notre île paradisiaque s’éloigner pour laisser place au large à l’île de Siberut. C’est ici que nous devons embarquer le soir même sur un « ferry » (quand on voit le bateau on pense plutôt à une grosse barque) pour rejoindre Sumatra et prendre notre vol pour Kuala Lumpur le lendemain matin. Le timing est serré, dans deux jours nos visas de travail ne seront plus valides.

vue bungalow mentawai

La vue de notre bungalow

Le bruit du moteur nous berce, puis d’un coup on entend plus que le bruit de l’océan. Notre pêcheur essaie de redémarrer, en vain. Il cherche, traficote le moteur, mais la panne est toute simple : il n’y a plus d’essence. On n’y croit pas. Et contre toute attente, notre pêcheur choisi une solution efficace mais très surprenante : il attrape deux bidons en plastique et saute à l’eau. Là il nous dit qu’il part à la nage jusqu’à l’île de Siberut, et qu’il reviendra avec un bateau et de l’essence. On a d’abord cru à une blague, mais non, il était très sérieux. On l’a vu s’éloigner jusqu’à ne devenir qu’un petit point. Puis il était tellement loin qu’on ne le voyait plus. Finalement, bien plus tard, il reviendra en pirogue avec deux amis pêcheurs et les bidons plein d’essence. Entre temps, on a débattu sur la meilleure façon de mourir en mer : mourir de soif, dévoré par un requin ou noyé en essayant de rejoindre l’île de Siberut comme notre pêcheur (résultat, on pas réussi à se mettre d’accord).

Le temps file et il ne nous reste plus que deux heures pour prendre notre bateau à destination de Sumatra. En contournant l’île comme prévu, nous n’arriverons pas dans les temps. Notre pêcheur nous propose de couper par les nombreux canaux qui sillonnent la mangrove. On s’enfonce donc petit à petit dans la jungle, les paysage sont superbes et les canaux de plus en plus étroits. Puis d’un coup, la pirogue stoppe net. Notre pêcheur descend du bateau et nous découvrons qu’il a de l’eau jusqu’aux genoux. Et oui, la marée baisse, le cours d’eau aussi, le pirogue touche le fond… Seule solution, nous devons tous mettre les pieds dans l’eau (au milieu des boas, araignées et insectes dangereux en tous genres) pour alléger la pirogue et la pousser. Nous avancerons lentement et difficilement pendant une bonne heure, avant de rejoindre un autre cours d’eau plus profond pour terminer notre périple le plus rapidement possible.

10 minutes. C’est le délai qu’il nous restait à notre arrivée avant le départ du bateau. 10 petites minutes : WE DID IT ! Crevés, on décompresse, on remercie vivement notre pêcheur qui malgré tout a carrément assuré. Et on rigole. Nos vêtements sont trempés et vont macérer pendant encore 48 heures avant de pouvoir vider nos sacs (ça nous vaudra un beau supplément de poids le lendemain à l’aéroport). Grosse journée qui nous laisse aujourd’hui un souvenir indélébile de notre séjour dans les îles Mentawai. Sans toutes ces petites galères qui se sont ajoutées les unes aux autres, notre voyage n’aurait clairement pas eu la même saveur ! Et heureusement, tout est bien qui fini bien (ce qui n’est clairement pas le cas à chaque fois).

Et vous, quelle galère de voyage prenez-vous plaisir à raconter ?

9 Commentaires
  • Babidji
    Posté à 18:51h, 28 avril Répondre

    on en a ts vécu des histoires comme ça en voyage mais j’avoue que là vous faites très fort !!! ce qui est étrange c’est que si tu me demandais une galère comme ça maintenant ça ne viendrait pas vraiment … comem quoi c’est tjs le meilleur qui ressort ! en ts les cas il a vraiment assuré le pêcheur !

    • Claire
      Posté à 10:50h, 29 avril Répondre

      Si aucune galère ne te vient à l’esprit, ça prouve que tu as eu la chance de ne pas en connaître de grosses !
      Et tant mieux ;-)

  • Laurent
    Posté à 22:33h, 28 avril Répondre

    Bon j’avoue, en lisant le titre, je craignais à moitié la description d’une galère qui n’a de galère que le nom, et que serait plutôt juste un petit désagrément. C’est en fait ce qu’on lit le plus souvent ici et là sur la toile. Oui, désolé, je n’ai pas trop trainé mes guêtres par ici, donc je découvre, avec joie, petit à petit :-)
    Mais pour le coup, c’est moi qui suis maintenant l’idiot de service. Est-ce une galère, est-ce la poisse, je ne saurais trop dire. C’est drôle à lire (oui oui, j’ai ri), mais c’est sur qu’on en rit d’autant mieux après qu’on a tout de même un rien stressé pendant.
    J’ai beau chercher, je ne passe pas trouver de plan galère suffisamment sérieux pour concurrencer celui-ci. Il m’est arrivé de tombé en panne de roues de secours après 3 crevaisons dans le désert égyptien, mais bon, je me suis contenté d’attendre sur place puis de dormir à la belle étoile pendant que le chauffeur marchait 40 bornes pour rejoindre l’oasis la plus proche. Mais il y avait pas mal d’eau en réserve, donc même si je ne riais pas aux éclats, ça restait « raisonnable » comme situation.

    • Claire
      Posté à 10:48h, 29 avril Répondre

      Merci pour ton commentaire ;-)
      J’avoue, ce jour de galère dépasse de loin tous les autres. Sur le moment ça nous paraissait tellement énorme qu’on avait du mal à y croire (surtout la panne de moteur en mer…).
      Mais bon, aujourd’hui je pense que ça reste notre souvenirs le plus marquant de notre séjour sur l’île de Niang Niang. Et surtout, comme ça se termine bien on peut en rire après coup !

  • Blog Voyage Way
    Posté à 17:39h, 30 avril Répondre

    Les galères ou plutôt petits galères de voyage laissent souvent de bons souvenirs.
    En tout cas, c’est le cas pour moi.
    A chaque fois que je suis agacé sur le coup, post-voyage lorsque j’y repense j’en garde un bon souvenir.
    Cela fait partie intégrante du voyage!
    Après je ne parle pas de grosses galères type accident de voiture …

  • Emilie
    Posté à 18:07h, 06 octobre Répondre

    Génial cet article! Moi je suis plutôt abonnée aux galères d’aéroports! A Moscou et plus récemment en Grèce, des soucis de bagages, check in…etc le genre de galère qui revient assez chères mais quand je lis ça, je relativise! :)

    • Mes_basques
      Posté à 10:36h, 07 octobre Répondre

      Merci Emilie !
      De mon côté, j’ai globalement de la chance avec les avions et aéroports : jamais perdu une valise, rarement eu de retards (mis à part la période eyjafjallajökull). Je touche du bois !

  • Rory
    Posté à 11:56h, 07 octobre Répondre

    Ca c’est quand même une chouette galère ! :D

    J’en ai une aussi mais ça va faire un pavé… tant pis, ça sert à ça aussi les commentaires, à échanger les expériences :p

    Je pense que c’est la galère de CB/billets d’avions/ratage d’avion de Pangkalanbuun à Bornéo que je raconterai.
    On va pour aller prendre l’avion pour quitter la ville, on arrive à l’aeroport : l’avion que l’on veut prendre part dans très peu de temps et il y en a un par jour. Sans tickets, nous allons à une guitoune de vendeurs (c’est un très petit aéroport, il y a genre une salle, deux magasin et une piste au milieu de la forêt) et leur demandons un ticket. Le mec nous dit que l’avion est sur la piste et qu’il peut ralentir l’avion le temps qu’on embarque… il parle dans son talkie, court… puis reviens, l’avion décolle. Trop tard. On veut donc acheter un ticket pour le lendemain. Le vendeur de billets ne s’en sort pas, il fini par nous laisser un ordinateur pour qu’on achète les billets sur internet nous même (nous n’avons plus assez de liquide pour les payer en cash et sur Bornéo tout se paye en cash). Nous essayons de payer avec nos CB. Avec ma mastercard, le réseau fini toujours par planter avant d’arriver à l’étape de validation avec le code secure, et pour la visa il faut valider avec un code par sms… or c’est sur le numéro du portable du boulot de mon mec… on est coincés !
    On rencontre un mec devant l’aeroport qui connait une agence qui vend des tickets en ville, il l’appelle pour le prévenir. Nous prenons un taxi et allons à son agence en ville. Le mec est très sympa. Il essaye sur son logiciel d’agence de voyage, mais il y a un bug. On essaye donc à nouveau lui une fois avec son ordi sur internet, puis nous sur son ordi… sans succès. En France c’est la nuit entre dimanche à lundi, autant vous dire qu’impossible de joindre nos banques. Finalement, vers 20h, le systeme fini par remarcher, après plusieurs cafés avec le mec de l’agence il fini par nous acheter et imprimer deux billets d’avions. Maintenant il faut payer en cash. Nous devons retirer mais nous sommes loin du centre ville. Il se propose de nous conduire en voiture aux ATM. Nous faisons au moins 4 différentes banques, sans succès : nos plafonds de retraits on du être explosés car comme tous se paye en liquide ici nous avons énormément retiré en une semaine. Et nous n’avions pas prévenu nos banques avant.
    Finalement, on s’arange avec lui : on lui paye la moitié du billet avec ce qu’il nous reste, et lui donneront l’autre partie le lendemain. Il se propose même de nous emmener à l’aeroport gratos avec sa voiture. Nous finissons par trouver un des seuls hotel de la ville qui accepte la CB. Le lendemain on essaye à nouveau de retirer lors d’une balade dans la ville : sans succès. J’ai finalement l’idée du siècle (bon faut pas etre einstein non plus) : je demande à notre hotel de me « vendre » du cash que je leur paye par carte bancaire avec une petite commission pour eux : après quelques négociations, c’est bon, nous avons l’argent ! Comme prévu notre ami de l’agence de voyage arrive à midi à notre hotel, nous lui donnons le reste de l’argent et il nous emmène à l’aeroport… il a même enregistré nos bagages et payé la taxe d’aeroport pour nous !
    Sa carte est désormais sur notre frigo, et je me suis retrouvée à chatter sur whatsapp une fois avec lui… mais bon des comme ça je n’en veux pas une deuxième fois (surtout quand tu sais à quoi ressemble une ville à Bornéo haha)

    • Mes_basques
      Posté à 14:24h, 07 octobre Répondre

      ahahahah, pas mal non plus comme galère ! Ça vaudrait aussi un article complet ;-)
      Mais je suis sûre que toi aussi, après coup, tu en gardes de bons souvenirs. Et puis ça fait des choses à raconter !

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