Déception en terre inconnue

Nota bene : Suite au débat (très intéressant d’ailleurs) qui découle de cet article, avant de le lire et pour ceux qui ne me connaissent pas encore, je préfère préciser que je suis diplômée de Master en tourisme équitable, ex chef de produit dans le tourisme d’aventure, également passée par l’Institut de Recherche pour le Développement sur les problématiques du développement touristique dans les pays du sud.

Lorsque j’écris, entre autre, « il paraît que le monde est beau et qu’il y a même des peuples qui ne connaissent pas notre société de consommation et qui ne sont qu’amour et respect », vous pouvez activer votre second degrés ;-)
Non, je ne suis pas complètement naïve. L’objectif de cet article est de montrer que les reportages télé tels que RDVETI ne montrent pas une image de la réalité, et que le tourisme chez ces peuples isolés soulève de nombreuses questions (auxquelles je n’ai pas encore toutes les réponses).

C’est néanmoins une expérience qui m’a laissé un goût amer, malgré mes connaissances dans ce domaine…
Sur ce, bonne lecture !

——————

On a tous bavé devant des reportages à la télé tournés dans des destinations lointaines. La télé sait parfois vraiment très bien nous vendre du rêve. Vous connaissez forcément cette célèbre émission qui envoie des stars du PAF rencontrer des peuples inconnus dans des territoires très isolés de notre jolie planète. J’aime bien, et au début j’aimais même beaucoup, j’avoue même avoir tiré une larmichette dans le reportage avec Muriel Robin chez les Himbas, très touchante, très vraie. J’avais aussi beaucoup aimé l’émission avec Patrick Timsit chez les Hommes Fleurs, d’autant plus qu’à l’époque de la diffusion mon homme et moi avions déjà pris nos billets d’avion pour les îles Mentawai (j’en ai déjà parlé sur le blog et ). J’étais impressionnée par les valeurs de ce peuple si proche de son environnement et humble face à la nature, et je m’étais, à tort, forgé une image basée en parti sur l’expérience de Patrick Timsit (et pourquoi auraient-ils été différents avec moi vu qu’ils n’ont pas la télé et ne le connaissent pas plus que moi ?).

Uma Siberut Mentawai

Photo de Ahron de Leeuw sous licence creative commons

Pour rencontrer les Hommes Fleurs, nous avons choisi nous aussi de partir au cœur de l’île de Siberut, le plus loin possible des villages qui auraient pu être en contact régulier avec des touristes ou surfeurs de passage (les îles Mentawai étant avant tout réputées pour le surf, c’est aussi une raison pour laquelle nous avions choisi cette destination). Accompagnés d’un guide, nous nous enfonçons en pirogue dans l’île de Siberut, au cœur de la jungle. Je scrute les rives du fleuve, en espérant apercevoir un homme-fleur en pleine chasse, ou un petit singe suivre notre parcours d’arbre en arbre, mais rien à découvrir (excepté un énorme boa mort, nous n’oserons plus mettre un pied dans l’eau). Notre piroguier ralenti la pirogue et s’arrête au pied de ce qui semble être un petit sentier. Il nous explique qu’il en profite pour apporter quelques courses à ce village isolé. C’est là que je découvre mon premier Homme-Fleur : il est beau, ses nombreux tatouages sont le signe de son âge avancé. Il s’avance tranquillement, avec calme et sérénité. Il s’approche de nous, je suis impressionnée. Il vient vers moi et me tends la main. Je lui tends la mienne mais il me fait signe que non, ce n’est pas ce qu’il attend de moi. Il dit quelques mots à notre guide, qui me traduit ensuite « il veut des cigarettes, tu en as ? ». Grand moment de solitude.

Après 6 heures de pirogue, nous sommes accueillis chaleureusement par une famille, « habillée » en vêtements traditionnels et fleurs dans les cheveux, parfaitement comme dans le célèbre reportage. Je me dis que nous sommes très isolés, et que nos hôtes doivent encore être préservés des méfaits d’un tourisme mal géré. Avant de partir, notre guide nous a expliqué qu’il est de coutume d’apporter quelques cadeaux pour combler les manques dus à leur isolement (du tabac, des briquets principalement, les hommes fleurs fument toute la journée), quelques cadeaux utiles pour les enfants (stylos etc…), nous devons également apporter notre nourriture pour la durée du séjour et payer une certaine somme pour l’hébergement. Tout ça nous semble tout à fait normal, nous avons donc tout prévu. Nos hôtes nous font visiter la Uma, nous sommes impressionnés par ce mode de vie si éloigné du nôtre. Les crânes de singe forment la principale déco de la maison (les crânes des animaux tués sont conservés pour le bienfait de leurs esprits). Ensuite, nous déballons la nourriture et les cadeaux que nous avons apportés. C’est à ce moment-là que le visage du chamane, le chef de famille, s’assombrie. Il s’adresse à notre guide sur un ton qui nous laisse entendre qu’il n’est pas satisfait. Notre guide nous explique alors que nous n’avons pas acheté la bonne marque de tabac, et qu’il veut que nous repartions demain matin lui ramener la bonne. Grand moment de solitude, again. À ce moment-là, on commence légèrement à perdre foi en l’humanité. Nous refusons de repartir acheter un autre tabac après toute la route que nous avons fait, le débat est clos. Le soir nous mangeons tous les 2, seule la femme du chamane viendra nous tenir compagnie et chanter quelques chansons : le seul bon moment de la soirée.

Photo de ccdoh1 sous licence cc

Photo de ccdoh1 sous licence creative commons

Le lendemain matin, plein d’espoir, nous espérons que les mauvaises impressions de la veille ne sont dues qu’à un mauvais démarrage. À la télé, ils avaient pourtant l’air si doux, sensibles et avides d’échanges avec leurs hôtes. Nous leur demandons si nous pouvons prendre quelques photos d’eux, de la Uma et de la jungle qui nous entoure, histoire de garder quelques souvenirs de notre aventure pas très ordinaire. On nous répond que oui, à condition de payer la somme de 50 000 roupies par photo (soit un peu plus de 3 €). Bon. Ok. Pas de photos alors. On a qu’une envie, c’est prendre nos sacs, notre guide, notre pirogue et partir. Partir loin et tout oublier. Avoir fait une si longue route pour ça… Si si il paraît que le monde est beau et qu’il y a même des peuples qui ne connaissent pas notre société de consommation et qui ne sont qu’amour et respect.

Nous nous résignons à ne pas établir de contact intéressant avec nos hôtes, mais nous voulons quand même essayer de découvrir la nature qui les entoure. Nous leur demandons alors si nous pouvons partir découvrir la forêt. Réponse évidente : oui mais pas tout seul, il faut que l’un d’eux nous accompagne et il faut payer, cher. Le ton monte, on commence à perdre patience. Finalement, après un long débat, un jeune accepte de nous accompagner gratuitement, il nous demande de l’attendre 5 minutes avant de partir. Quand il nous rejoint, il a revêtu son « déguisement » d’homme fleur (je dis bien « déguisement » car au quotidien il s’habille en jean t-shirt contrairement à ses ainés). Nous lui expliquons que ce n’était pas la peine de faire ça pour nous, il semble nous dire que nous ne savons pas ce que nous voulons… Nous voulons juste les rencontrer, eux, comme ils sont, en jean t-shirt si c’est ce qu’ils portent aujourd’hui.

De retour de la jungle nous leur annonçons que nous allons partir. Nous ne voulons pas vivre ce tourisme là, et de toutes façons nous n’avons pas les moyens de payer pour tout ce qu’ils nous demandent. C’est ce deuxième argument que nous avançons, et ils ne le comprennent pas. Ils nous voient clairement comme de richissimes blancs. Je me demande qui ils ont pu voir, avant nous, pour en arriver là. Qui a pu leur pourrir la tête à ce point, leur faire penser que nous ne méritons pas leur respect. Le chamane et les aînés commencent à monter le ton, ils s’énervent clairement. Notre guide semble gêné, il a l’air de ne pas savoir quoi répondre. Nous nous rappelons une conversation avec un surfeur rencontré à Sumatra quelques jours plus tôt, qui nous expliquait qu’il y a 15 ans ils avaient reçu des flèches lors d’une excursion sur l’île de Siberut. C’était il y a 15 ans, sur le moment ça nous a fait rire. Là on commence à flipper un peu. Puis vu le ton et les gestes, on flippe presque beaucoup. Finalement, notre guide nous demande de nous excuser en langage mentawai auprès des aînés de la Uma. Nous sommes dégoutés, déçus, nous nous sentons presque humiliés. Nous excuser de quoi ? D’avoir voulu les rencontrer ? D’avoir voulu chercher à les connaître, à les comprendre, à apprendre d’eux ? Et si nous ne nous excusons pas, alors quoi ? On aura notre crâne à côté des têtes de singe ou on repartira avec une flèche dans le dos ? Certainement pas, mais on ne le saura jamais. Nous avons appris notre phrase d’excuse par cœur, et avons fait le tour de la Uma en répétant cette phrase à chacun d’entre eux. Puis nous avons pris nos affaires, nous sommes partis presque en courant. Dans notre pirogue, nous ne nous sommes pas retourné.

Photo de ccdoh1 sous licence creative commons

Photo de ccdoh1 sous licence creative commons

Cette expérience nous a fait beaucoup réfléchir. Nous sommes tous les deux plus que sensibilisés au tourisme durable, équitable, responsable (nous avons fait nos études dans ce domaine et avons plusieurs expériences pro en la matière), mais cette expérience-là, nous ne l’avions pas anticipé, pas comme ça. Quelle attitude adopter face à ces peuples encore isolés de notre monde ? Faut-il continuer à les pousser vers notre société de consommation, ou faut-il les laisser vivre tranquille, cachés, comme ils l’ont fait jusque récemment ? Faut-il continuer à venir les voir ? Faut-il continuer à parler d’eux, à les filmer et à les montrer en prime time ? Si oui, comment ?

Nous n’avons pas eu de chance, car bien sûr il ne faut pas généraliser. Tous les Hommes-Fleurs ne sont pas comme ça, et ceux qui le sont, sont avant tout victimes des persécutions qu’ils ont vécu par le passé et d’une intégration du tourisme mal maîtrisée. Pour vivre une belle rencontre avec ce peuple unique, il existe des solutions qui peuvent vous éviter les mauvaises surprises. Je peux vous conseiller Authentic Sumatra, Ricky saura vous faire découvrir et aimer les Homme-Fleurs comme Patrick Timsit, c’est certain !

Si vous avez eu l’occasion de rencontrer des peuples isolés, je suis preneuse de vos retours d’expérience : déception ou belle expérience positive ?

Photo de sebr sous licence creative commons

Photo de sebr sous licence creative commons

69 Comments on Déception en terre inconnue

  1. Heidi
    21 mars, 2014 at 12:20 (4 mois ago)

    J’ai eu un prof d’ethno qui nous avait bien calmé dès les premiers cours.
    L’approche se fait uniquement dans le long terme et malgré des décennies à les fréquenter, il restait humble et ne savait jamais si tout ce qu’il voyait/entendait était de l’ordre du rites ou du folklore pour se moquer de l’homme blanc qui veut tout savoir.

    Si les voyages sont permis pour le grand public (soyons honnêtes, l’offre semble restreinte mais elle est grandement ouverte), c’est que ce n’est pas de la véritable rencontre, la marchandisation de moments, de souvenirs … tout est faussé.

    Le « vrai » reste une exclusivité, il faut avoir la chance de côtoyer de bons initiateurs et là ça se compte sur les doigts de la main. Hélas ou heureusement.

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    • Claire
      21 mars, 2014 at 9:38 (4 mois ago)

      Tout à fait d’accord avec toi. Notre guide nous a emmené rencontrer une famille qui n’avait clairement pas envie de nous voir, excepté pour notre argent. Ça aurait pu être différent avec un bon « initiateur ». Je sais que certains ont vécu de très belles expériences avec les Hommes-Fleurs car ils étaient guidés par un guide expérimenté, connaissant très bien leur culture et sensibilisé au tourisme responsable.

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  2. Djahann
    21 mars, 2014 at 12:29 (4 mois ago)

    Effectivement, il y a de quoi être déçus. Pourtant, sans médias ni rien, comment ont-ils connaissance des systèmes pourris de notre société ? Ont-ils déjà eu trop de visites, ce qui les amènent à voir les touristes comme des vaches à lait ? sont-ce ces mêmes touristes qui leur donnent une envie de revanche et de « après tout, on va les faire racker » ?

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    • Claire
      21 mars, 2014 at 9:55 (4 mois ago)

      Il y a eu les hollandais qui leur en fait voir de toutes les couleurs en colonisant leur territoire, le gouvernement indonésien qui les a forcés à devenir sédentaire, bref, un tas de raison d’en vouloir aux « autres ». Et certainement des touristes qui ont du venir en conquérants !

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  3. Nathalie, L'heure d'été
    21 mars, 2014 at 12:41 (4 mois ago)

    Quelle expérience malheureuse…
    J’ai bien peur en effet que vous ayiez été associés à de richissimes blancs et qu’il y ait eu un énorme quiproquos sur les attentes des uns et des autres. Quelle déception au rendez-vous…
    J’ai une question en tête : que s’est-il donc passé avant votre venue pour que le tourisme soit désormais envisagé de cette façon ?
    Maintenant, autant le mythe du bon sauvage reste un mythe, bien évidemment, on n’est pas « meilleur » par ce que l’on vit dans un endroit reculé du monde… autant, vous avez raison, il faut continuer de penser que chaque situation est différente ; la rencontre que vous avez faite n’était certainement pas avec le groupe d’Hommes-fleurs qu’il fallait. (Pourquoi vous a-t-on envoyé dans ce guêpier, d’ailleurs ? C’est fou…)
    J’imagine combien cette expérience m’aurait peinée. Je suis vraiment désolée de cette mauvaise aventure.

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    • Claire
      21 mars, 2014 at 9:57 (4 mois ago)

      Merci Nathalie ! Les Hommes-Fleurs ont été persécutés pendant longtemps, par l’étranger mais aussi par leur propre gouvernement, ça explique certainement beaucoup de choses…

      Répondre
  4. Marie
    21 mars, 2014 at 12:46 (4 mois ago)

    Waw, j’ai eu mal au cœur pour vous durant tout le récit…. Je crois que l’argent, le tourisme, les occidentaux ne sont pas sels responsables, je crois simplement qu’on idéalise ce qu’on ne connait pas ou qu’on ne voit qu’à travers des reportages et qu’un homme reste un homme, qu’il soit né à Paris ou au milieu de la jungle……….

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    • Claire
      21 mars, 2014 at 10:00 (4 mois ago)

      Et oui, c’est vrai Marie ! On est parti tout à fait conscients qu’on allait pas dans un monde parfait, mais on avait tellement envie de voir un genre d’idéal, un peuple vivre de la nature, au milieu de la nature. Une belle intégration de l’être humain dans son environnement. Malheureusement ils ne nous ont pas laissé l’occasion de découvrir cette richesse qui les caractérise…

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  5. Mali
    21 mars, 2014 at 12:58 (4 mois ago)

    J’imagine ta déception ! Dans un sens, je comprends un peu leur position, malheureusement, c’est une dérive courante lorsqu’il y a trop d’exploitation touristique, les peuples prennent gout à certaines choses, et en veulent toujours plus.
    Mais de votre côté j’imagine que vous aviez envie de vivre un moment de partage, de convivialité, et je trouve que vouloir vous faire payer comme ça la moindre chose, la moindre photo, limite la moindre parole, ça ressemble à de l’extorsion pure et simple :/

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  6. Saranena
    21 mars, 2014 at 1:46 (4 mois ago)

    Oui, je comprends ta déception.

    L’homme est un loup pour l’homme… cela fait mal au cœur de s’en apercevoir et de voir que personne n’échappe à la règle. Il ne fait pas bon de généraliser mais je me souviens avoir eu le même genre de déception face à des habitants du monde que je pensais « purs ». La désillusion vient du fait que nous avons des attentes et croyons qu’une culture peut engendrer la vertu, alors que tous les hommes sont les mêmes, qu’ils y en a de très gentils et d’autres plus opportunistes, partout.

    J’ai eu une expérience formidable dans la jungle amazonienne, en Bolivie avec une famille qui ne faisait pas du tourisme essentiellement pour l’argent et beaucoup d’autres un peu comme la tienne.

    merci pour ce beau récit,
    Sarah de Créations Nomades

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    • Claire
      22 mars, 2014 at 8:31 (4 mois ago)

      Merci Sarah, et c’est très juste de souligner que « tous les hommes sont les mêmes, qu’ils y en a de très gentils et d’autres plus opportunistes, partout. » !

      Répondre
      • michele
        8 avril, 2014 at 5:47 (4 mois ago)

        j avoue que ce qe tu racontes ne m étonne qu à moitié s il est vrai qu il y a de bons et de mavais partout dans tous mes voyages les seuls qui m ont laissé d heureux souvenirs au niveau des populations sont cuba(et encore du temps du communisme maintenant je ne sais pas) et le sénégal après avoir dépassé l aspect touristes vaches à lait j y ai fait de merveilleuses rencontres

        Répondre
  7. argone
    21 mars, 2014 at 2:16 (4 mois ago)

    Je n’ai pas d’expérience personnelle à te raconter, mais ton récit me laisse perplexe … comme quoi il faut se méfier de ce qu’on nous raconte à la télévision ! :-(

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  8. La cigaleoulafourmi
    21 mars, 2014 at 2:55 (4 mois ago)

    Alors imagine tout l’argent et les cartouches de cigarettes que doit leur reverser la Tv pour toutes ces heures de tournage!

    Répondre
  9. laracinedesmots
    21 mars, 2014 at 3:41 (4 mois ago)

    Mais quel sens mettons-nous à vouloir absolument rencontrer « le vrai », le peuple qui sera « vraiment » isolé ? Finalement, est-ce de leur faute ou de la nôtre ? En voyage, je ne cherche pas à rencontrer des êtres « purs » puisque, à la base, je ne suis même pas une française pure dirons-nous :) Du coup, les expériences que tu semble rechercher, je ne les cherche pas forcément. J’ai vécu en polynésie, où certains métropolitains venaient avec cette idée de rencontre Le Polynésien. Aujourd’hui le monde est ouvert, certes avec ses défauts, mais aussi toutes ses qualités, qui ont enrichi tout le monde.

    Répondre
    • Claire
      21 mars, 2014 at 10:16 (4 mois ago)

      Je comprends tout à fait ton avis, j’ai moi aussi habité en Polynésie et je vois bien de quoi tu parles. Je ne suis pas du tout une accro d’ethnotourisme, mais une professionnelle du tourisme très sensibilisée à cette thématique… étant aux mentawai pour un surf trip je ne pouvais pas passer à côté d’une telle rencontre. Mais malgré tout je ne regrette pas l’expérience.

      Répondre
  10. lalaloopsie
    21 mars, 2014 at 4:14 (4 mois ago)

    serieusement …vous etes vraiments dnaifs,,se baser sur ce shows qui met en scene l’explorateur blanc face au bon sauvage..comme au debut 19 eme.c’est la meme chose si tu veux voir des massai ou des papoues,ils font du business et personne ne peut leur reprocher ca.tu crois que les emissons de tv ne les ont pas payer pour faire l’ emission ?c’est aussi un business! tu vie vraiment dans ta petite bulle bobo !ohh non en fait ce ne sont pas de bon sauvages mince alors il a fallu les payer…foutez leur la paix aux derniers hommes isole de la planette !ton recit ressemble a une visite au zoo !

    Répondre
    • Claire
      21 mars, 2014 at 10:10 (4 mois ago)

      Euh, on se détend lalaloopsie ! Je comprends que le sujet fasse débat, mais je crois que tu n’as pas bien lu l’article (ou alors il était trop long ?).
      Donc je re-précise : nous ne sommes pas venus les mains vides, nous avions notre nourriture, quelques marchandises dont ils manquaient à cause de leur isolement, quelques cadeaux utiles pour les enfants, et de quoi les payer pour chaque nuit passée chez eux. Nous sommes venus à deux, avec un guide mentawai qui connaissait bien nos hôtes. Ce que nous n’avons pas accepté, c’est de devoir les payer pour chaque échange que nous aurions pu avoir avec eux au sein de la Uma : se promener, prendre une photo… nous avons pris ça comme un manque de respect et nous nous sommes sentis piégés. Si ils ne voulaient pas de nous, alors nous ne serions tout simplement pas venus.
      Tu parles de zoo, d’explorateur blanc et de bon sauvage. Vraiment, relis une deuxième fois et on en reparlera (ou pas, il vaudrait peut-être mieux d’ailleurs).

      Répondre
      • charlesdenton
        24 mars, 2014 at 9:33 (4 mois ago)

        Dommage Claire que tu sois obligé de faire face parfois à une argumentation simpliste extrémiste qui condamne tout voyageur ayant des velléités ethnologiques.

        Certes j’ai lu tous les arguments et ce blog permet de faire avancer le « schmimblick », de confronter les points de vue de chacuns. Mais parfois il est surprenant de ressentir une certaine agréssivité de la part de lecteurs-contradicteurs (!) qui ne font pas cas justement de ta spécificité professionnelle, de ton expérience et de ton attitude réfléchie, garantes d’une légitimité à cette déception nullement naïve que tu nous fais partager avec ce blog.
        J’avoue que j’ai été sensibilisé par certains arguments émanants de tes lecteurs et qui m’ont permis de réviser et reconsidérer les voyages à caractère ethnographique ou sociologique (dans les pays développés) que j’hésiterai à l’avenir d’envisager trop facilement avec mes « bons sentiments » et ma curiosité (non malsaine comme d’aucuns font chorus) d’homme blanc !
        En Australie où j’ai vécu pratiquement 1 an, j’ai séjourné dans l’outback et suis allé volontairement (presque par devoir puisque j’étais chez eux) au devant des aborigènes mais me gardant bien de rester au seuil de leur réserve ou de leur cantonnement ; mais le contact ne s’est pas fait avec eux (je ne parle pas des désoeuvrés d’Alice Spring et d’ailleur, sous influence de la colle à sniffer ou de l’alcool que l’on ne peut malheureusement s’empêcher de croiser sur la route) et suis donc reparti sans avoir pu obtenir d »échanges » souhaités mais non quémandés ni exigés ! Ne l’ai pas photographier non plus puisque je savais que tel était leur souhait!

        Très bon récit en tout cas Claire, qui a le mérite supplémentaire de faire réagir (parfois à outrance) beaucoup de lecteurs-voyageurs et certains Ayatollahs anti-écotouristes !

        Répondre
  11. charlesdenton
    21 mars, 2014 at 5:28 (4 mois ago)

    Je ne suis malheureusement pas étonné de cet echo de « malventure ». C’est devenu une généralité, et c’est notoire, aux Vanuatu où tout ne se négocie qu’avec l’argent, et autres « dons » obligatoires et exigés pour des prestations à prix consequents!
    Etant adepte d’écho tourisme depuis 20 ans, j’ai eu ce genre de rencontre à plusieurs reprises lors de mon tour du monde entre 99 & 2000, notamment dans une île de l’archipel des Yasawas aux Fidji, exclusivement géré par les « natifs » mélanésiens (hors d’origine Indienne donc) où tout s’est avéré n’être que racket _ et pire, devant le fait accompli (obligation de payer pour boire et manger alors qu’un forfait « all inclusive » avait été payé à l’arrivée, interdiction de se balader sur la petite île sans payer un guide. Obligation de payer un bateau pour revenir au camp à partir du village (à 2h00 de marche) où je m’étais rendu en délégation pour rencontrer le chef de la tribu du village gestionnaire & propriétaire de l’ « éco-resort » et faire part des doléances des paying « guests » dont j’étais l’ambassadeur se plaignant du manque de nourriture et d’eau, et des détritus (bouteilles de bière, souvent cassées contre les rochers et emballages chips jonchant la côte et en pleine jungle) ; car interdiction de reprendre le chemin au milieu des terres car soudainement déclaré « tapu » au couché du soleil pour les touristes, et plus possible de revenir à pied par la côte à marée haute !!!
    Résultat : au bout de 4 jours 1/2, 80 % du groupe dont moi avons exigé d’être ramené à Nandi. 2 semaines après, je faisais part de cet incident au ministre du tourisme de l’époque. Puis à Paris au Salon du Tourisme 2 ans après.

    Répondre
    • Claire
      21 mars, 2014 at 10:22 (4 mois ago)

      Merci pour ton retour d’expérience.
      Je me doute que mon histoire est loin d’être isolée, c’est certainement le lot habituel de tous ces peuples qui ont été confrontés aux « étrangers » sans ménagement et souvent persécutés par leurs propres gouvernements… On ne peut pas leur en vouloir, mais c’est souvent décourageant, décevant et dur à encaisser. Avec des rencontres si exceptionnelles, on ne peut pas s’empêcher d’espérer de vivre une superbe expérience ! Mais pour le coup, pour toi comme pour moi elles resteront quand même inoubliables…

      Répondre
  12. crapignouf
    21 mars, 2014 at 10:22 (4 mois ago)

    J’ai rencontré les Himbas de la même façon que toi avec un guide, ma belle-mère vivait en Namibie pour son travail et donc avait des contacts de guides afin de ne pas tomber dans des pièges à touristes… Une fois sur place, on a bien vu que nous n’étions pas les 1er et que leurs discours étaient plutôt préparés, les femmes n’étaient pas emballés par l’idée d’expliquer à des étrangers leurs coutumes mais tous nous ont bien accepté, ils ont continué à vivre comme si nous n’étions pas là mais répondaient avec plaisir à nos questions. Ils étaient eux même curieux de connaitre nos façons de vivre, nous avions notre fils de 4ans avec nous ce qui a facilité les échanges entre les femmes et moi. L’argent que nous avons versé au guide a (normalement) servi à contribuer aux besoins de la tribu

    Répondre
    • Claire
      22 mars, 2014 at 8:36 (4 mois ago)

      Merci pour ton retour d’expérience ! Je pense (peut-être à tord ?) que les Himbas sont encore plus exposés au tourisme que les Hommes-Fleurs, et peut-être aussi depuis plus longtemps. Du coup, ils sont peut-être mieux organisés et mieux préparés à recevoir des étrangers chez eux ?

      Répondre
  13. Miuu
    21 mars, 2014 at 10:53 (4 mois ago)

    Je ne m’attendais pas du tout à ca et je suis decue pour toi :( J’espere que c’est pas partout comme ça. Merci pour cet article

    Répondre
    • Claire
      22 mars, 2014 at 8:38 (4 mois ago)

      Ce n’est pas partout exactement comme ça (heureusement), mais bien sûr le business du tourisme est déjà présent même chez les peuples les plus reculés (et tant mieux ou tant pis pour eux, c’est tout un débat !)

      Répondre
  14. Cha
    21 mars, 2014 at 11:14 (4 mois ago)

    Effectivement dans un premier temps c’est décevant et je peux comprendre la rédaction d’un tel article.
    Mais honnêtement on est d’accord que cette belle émission Rendez-vous en terre inconnue ne s’est pas faite d’un claquement de doigts et que BIEN SUR ils ont dû monnayé le logement, la bouffe, le transport, la transmission d’un savoir de la tribu à une personne complètement inconnue. Il y a des fausses amitiés qui se lient, des fausses larmes et sourires.

    Les tribus éloignés ça fait rêvé tout le monde. Ce côté naif du monde, de la société, la liberté, le retour aux sources, la communion de la nature.
    Mais est-ce que on leur demande à eux si ça les gêne pas que l’on vienne les rencontrer, les « comprendre », que ça soit leurs êtres, modes de vie, uses et coutumes ?
    Y’a rien à comprendre, on était comme eux avant, on a connu tous ça depuis la nuit des temps.

    Comment vous sentirez vous si vous vous sentiez comme un animal de foire ?
    A cause du tourisme et à cause des personnes qui ont envie de les rencontrer, de communier avec eux, leurs façons de vie et d’être ont changé ! Bien sûr qu’ils ne peuvent pas être « eux-même ».
    Éloignes ne veut pas dire stupides et bien sûr qu’ils ont compris comment tout ça fonctionne et malheureusement se monnaie.
    Mais il faut aussi un temps soit peu arrêter d’être nombriliste. Quels sont leurs revenus ? leur façon de vivre ? Leurs façons de penser ? On vient tout chambouler dans leur vie, ils se sont certainement attachés à des personnes, des ptits blancs bien propres et du jour au lendemain plus rien. Le blanc retourne dans sa tour d’ivoire avec de beaux souvenirs en tête. Mais eux ? N’y-a-il pas de la tristesse ou ne serait-ce qu’un soupçon d’envi ? Car eux ne pourront jamais accéder au fait de voyager et de rencontrer d’autres personnes à l’autre bout du monde.
    Alors franchement le « 3€ pour une photo » c’est même pas le prix d’un sandwich dans notre société capitaliste… C’est à se demander à qui préfères-t-on donner 3€, à un homme d’une tribu ou chez McDo.

    Qui inviterait quelqu’un chez soit, prendre des photos, dormir sous le même toit et parler tranquillement avec lui ? Ah si des potes ou la famille, mais là c’est pas le cas. Y’a déjà un fossé qui se creuse à partir du moment où tu jonches le sol des Hommes Fleurs avec tes Nike et ton Canon à la main. Remettons nous en question avant de poster des coup de gueule sans comprendre les personnes qui sont de l’autre côté.

    Répondre
    • Claire
      22 mars, 2014 at 9:10 (4 mois ago)

      Merci pour ton long commentaire ! Le débat continue ;-)
      Je suis tout à fait d’accord avec toi sur la première partie de ton message, mais moins sur la fin.
      Pour info, dans un premier temps ce n’est pas le tourisme qui les a fait sortir de leur mode de vie traditionnel, mais tout simplement le gouvernement Indonésien qui a voulu les contraindre à un mode de vie sédentaire et à adopter une des religion officielle du pays. Pour eux ça a été le début de la fin. Puis quand les Mentawai ont été classés au Patrimoine de l’UNESCO, certains sont retournés dans la forêt et ont essayé de retrouver leur mode de vie ancestral.
      Mais bien sûr ça n’est pas aussi facile que ça.

      Bien sûr qu’une équipe de tournage a de gros moyens, a organisé le trip des mois à l’avance. Bien sûr que les reportages sont scénarisées. Nous en avions conscience. Mais nous nous attendions quand même à une rencontre, avec ses qualités et ses défauts.
      Sauf que dans notre cas, il n’y a même pas eu de rencontre. Ils voulaient seulement de notre argent, mais pas de nous.

      Pour remettre les choses au clair, contrairement à ce que tu dis, cet article n’est pas un coup de gueule. C’est un retour d’expérience dans l’objectif est de poser des questions : fallait il y aller ? Faut il les laisser continuer à vivre sans nous ? Je ne me pose pas en victime, je ne les accuse pas. Je comprends très bien pourquoi ça a foiré, je cherche seulement à comprendre ce qu’il faudrait faire / ce qu’il aurait fallu faire.

      Mais ce qu’il faut prendre en considération, c’est que les Hommes Fleurs n’attendent que ça, recevoir des « blancs » avec leurs Nike et un Canon à la main (d’ailleurs je trouve ton image très réductrice…). À ton avis, pourquoi est-ce qu’ils ne voulaient pas qu’on parte ?

      Aujourd’hui, je ne pense pas qu’il faille stopper le tourisme dans les Mentawai, mais arrêter de l’organiser comme ça, à la sauvage. Il faudrait certainement un système plus organisé et adapté, car aujourd’hui les Hommes-Fleurs n’ont même pas conscience du prix des choses (ils de demandaient le même prix pour tout, 50 000 roupies, que ce soit une photo ou une balade en forêt). Pour ta comparaison avec le MacDo, je ne vois pas le parallèle… Ce n’est pas le montant qui importe, bien sûr qu’on aurait pu leur donner 3 € de plus pour chaque parole, chaque échange, mais ce principe ne nous intéressait pas. Si nous l’avions su plus tôt, nous n’y serions pas allé. Et d’ailleurs d’autres familles Mentawai ne fonctionnent pas comme ça et prennent plaisir à partager leur culture avec leurs « touristes ». Bien sûr il y a du folklore, bien sûr tout ça n’est pas gratuit.

      Quant à dormir avec quelqu’un sous le même toit et parler tranquillement avec lui, et bien oui j’ai déjà vécu ça, à plusieurs reprises. Tu n’as jamais eu l’occasion de dormir chez l’habitant en voyage ? C’est pourtant une super expérience. Et oui, tu payes ton hôte (je dirai, un peu comme à la Airbnb chez nous), tu passes une journée ou une soirée dans sa famille, et tu parles, tu partages. Ils te font découvrir leur univers, et toi le leur. J’ai vécu de chouettes expériences au Sénégal, en Indonésie, en Égypte… et c’est super enrichissant pour tout le monde !

      Ceci dit, je peux tout à fait comprendre que tes remarques, j’aurais peut-être réagi comme toi à la lecture de cet article si je n’en avais pas été l’auteur et si je n’avais pas vécu une expérience similaire !

      Répondre
  15. Proserpine
    22 mars, 2014 at 12:13 (4 mois ago)

    C’est très intéressant à lire et ça fait débat… mais finalement ça ne me surprend pas. Il est évident que malgré un guide local et l’éloignement de cette tribu, vous ne seriez pas les premiers à être en contact avec eux, et ça ne m’étonne pas qu’il ne vous ait pas réservé un bon accueil, si vous êtes les énièmes de la semaine ! Comment vous aviez trouvé le guide et l’itinéraire ?

    Répondre
    • Claire
      22 mars, 2014 at 9:13 (4 mois ago)

      Nous n’étions certainement pas les énièmes de la semaine, les touristes sont quand même rares là-bas. Le guide nous a été conseillé par bouche à oreille (nous étions à Sumatra face aux îles Mentawai depuis plus d’un mois avant notre trip). Mais ce n’était clairement pas un bon conseil !

      Répondre
  16. Frivole, vous avez dit frivole?
    22 mars, 2014 at 8:02 (4 mois ago)

    Je suis assez d’accord avec Lallopsie (et j’ai lu ton article en entier ^^)
    Je trouve indécent d’aller emmerder les quelques rares populations sur cette planète, à qui on fout encore une paix relative. Je m’étonne qu’aussi peu d’avis dans ce sens soient exprimés ici car cela fait quand même quelques années qu’on remets en cause ce tourisme « green washing ». Tu t’étonnes de leur comportement perverti par l’argent mais la faute à qui? J’ai envie de te dire que je souhaite que ceux qui te suivront reçoivent le même accueil et surtout qu’ils en parlent, ça donnera peut-être une chance à ces villages de retrouver leur quiétude. (en écrivant cela, j’imagine notre tête, aux voisins et à moi, si des olibrius venant de contrées lointaines, nous mettaient leurs objectifs sous le nez en nous regardant avec de faux airs émerveillés! Haha!).
    Quand Lallopsie te parle de zoo, tu prends la mouche mais c’est exactement l’impression que ton article donne, c’est extrêmement choquant.

    Répondre
  17. Claire
    22 mars, 2014 at 9:21 (4 mois ago)

    Merci pour ton commentaire, ça fait débat !
    Tu parles de les laisser vivre en paix, de laisser les villages retrouver leur quiétude mais c’est déjà trop tard pour ça. D’ailleurs ce n’est pas ce qu’ils recherchent ! Ils ont besoin de se payer de l’essence pour faire avancer leurs pirogues et acheter des marchandises, et aujourd’hui ils ne savent plus aussi bien chasser qu’avant et ils doivent compléter leur nourriture par du riz et autres aliments achetés (faute au gouvernement indonésien qui les a obligé à quitter leur forêt dans les années 50, ils y sont retournés mais rien n’est plus comme avant). Ils ont donc BESOIN du tourisme pour vivre.
    Mais ce tourisme aujourd’hui est encore tout jeune, mal organisé, et certains comme la famille que nous avons rencontré son mal préparés.

    Donc non, ce n’est pas l’homme blanc chez le sauvage ni même le zoo, puisqu’ils sont en demande de ce tourisme. Et aujourd’hui il est clairement trop tard pour faire machine arrière !

    Désolée que tu sois « extrêmement » choquée, mais malheureusement c’est comme ça, les peuples isolés ne le sont plus, et se retrouvent coincés entre l’envie de modernité et l’envie de conserver leur mode vie ancestral. Pas facile tout ça !

    Répondre
  18. thai
    22 mars, 2014 at 9:26 (4 mois ago)

    euh ben … je sais pas moi ça ne me choque pas plus que ça, leur attitude … perso il y aurait des colombien qui viendraient me voir dans ma lorraine profonde et ayant l’attente de me voir sortir les sabots et la boue + l’accent mosellan pour satisfaire leur besoin de tourisme franchement, sois j’en fais mon partit, je sors le folklore et je leur demande de raquer, soit je les envoie bouler et je fais ma vie… ces gens n’ont rien demandé plus que ça et les occidentaux viennent les voir comme s’ils étaient des bêtes de foire … alors ok, j’ai bien lu ton article, tu n’as pas l’impression d’avoir cette vision des choses genre visite au zoo mais c’était quoi selon toi, le fait d’aller en vacances et de vouloir venir les voir ? clairement tu le dis : tu avais le rêve de retrouver ce que tu avais vu à la tv. Tu as été déçue. ben oui… vraiment je ne suis pas étonnée du tout.

    Et même je trouve qu’au lieu de subir, ils ont raison de tenter d’exploiter au max les occidentaux qui viennent les envahir, car malgré tout, tu es allée à l’autre bout du monde (donc avion, hotel, etc…) pour venir les voir, alors pour eux être à 3€ près pour une photo, où est le problème ? Même si tu n’as pas l’impression d’avoir fait de l’ethnotourisme, ça y ressemble très fort, vu de l’extérieur. Perso c’est pour ça que je ne veux pas aller faire ce genre de tourisme, car je n’aurais pas l’impression de respecter ces gens que je viens « observer », aller à leur rencontre …
    en même temps tu dis que le jeune mec s’est « déguisé » alors que là sur le coup tu ne voulais pas, mais en même temps tu avais l’attente de voir un peuple pur et innocent du monde pourri par l’argent ? contradictoire non ? ;) à la fois ils devraient être authentiques mais rester eux même ?

    et eux, ont ils envie de te rencontrer ?

    bref, je ne te juge pas, mais juste que là tu avais des attentes contradictoires, donc pas étonnant que l’expérience n’ait pas été à la hauteur de ces attentes, vu que tu attendais tout et son contraire, donc tu étais amenée à être déçue dans tous les cas. Ils t’auraient accueillie en jean basket et invitée à regarder la roue de la fortune à la tv, t’aurais mal vécu le truc. ils t’aurais accueillie avec le déguisement et le folflore à fond, ben t’aurais sentit l’arnaque …

    Répondre
    • Claire
      22 mars, 2014 at 10:13 (4 mois ago)

      Merci pour ton contribution au débat !
      Quand tu dis « Et même je trouve qu’au lieu de subir, ils ont raison de tenter d’exploiter au max les occidentaux qui viennent les envahir », je ne suis pas d’accord sur ce point, j’aime penser qu’on peut développer un système qui bénéficient à tous, sans avoir besoin d’exploiter une des parties. Et je pense que c’est possible, sans être naïve : car bien sûr cette forme de tourisme restera du « tourisme » avec tout ce que ça engendre (folklore etc). Mais comme je l’ai déjà dit dans mes autres réponses, il est de toutes façons trop tard pour faire marche arrière, d’une part parce qu’il y a très régulièrement des reportages télé sur les Hommes-Fleurs qui attirent les curieux, et aussi parce que les Hommes-Fleurs veulent clairement profiter de cette nouvelle opportunité pour eux de gagner de l’argent facilement.

      Tu parles de contradiction mais je me suis peut-être mal exprimée. Oui j’aurais aimé rencontrer des gens qui puissent partager leur culture, avec les bons et les mauvais côtés. Je crois l’avoir dit dans l’article, je suis une professionnelle du tourisme et j’ai souvent travaillé sur des problématiques de tourisme équitable, responsable etc. Je connais donc très bien les effets positifs ET négatifs du tourisme. Avant de partir à leur rencontre je connaissais leur histoire, la pression qu’ils ont subit par leur gouvernement, la colonisation par les hollandais etc. Je savais que certains essayaient de retrouver leurs racines mais qu’ils avaient déjà un pied dans le notre monde consumériste. Mais j’espérais pouvoir échanger avec eux sur ce point, sauf qu’ils ne nous en ont même pas laissé l’opportunité.

      Et oui bien sûr que cette expérience ressemble fortement à de l’éthnotourisme puisque ça en est clairement ! C’est jusqu’à maintenant ma seule expérience, et à priori ça restera ma dernière. Ce qui ne m’empêche pas de continuer à m’intéresser à leur sort et à ceux des autres.

      Répondre
  19. thai
    22 mars, 2014 at 10:10 (4 mois ago)

    Sauf que dans notre cas, il n’y a même pas eu de rencontre. Ils voulaient seulement de notre argent, mais pas de nous.

    « Pour remettre les choses au clair, contrairement à ce que tu dis, cet article n’est pas un coup de gueule. C’est un retour d’expérience dans l’objectif est de poser des questions : fallait il y aller ? Faut il les laisser continuer à vivre sans nous ? Je ne me pose pas en victime, je ne les accuse pas. Je comprends très bien pourquoi ça a foiré, je cherche seulement à comprendre ce qu’il faudrait faire / ce qu’il aurait fallu faire. »

    j’ai la sensation que tu as été blessée dans ton ego… que tu voulais qu’ils ne veuillent pas de vous en tant que personne mais juste en tant que portefeuille sur pattes…

    mais on ne peut pas créer artificiellement de relationnel artficiellement …

    Répondre
  20. Claire
    22 mars, 2014 at 10:21 (4 mois ago)

    Bien sûr qu’on a été blessés, on espérait un minimum de considération, car après tout nous n’avons pas forcé leur porte. Nous étions prêts à payer, mais sous condition de pouvoir échanger un minimum, sinon quel intérêt ?
    Comme je l’ai déjà dit, pour ma part j’ai déjà dormi chez l’habitant à plusieurs reprise dans des lieux isolés (ça n’était pas de l’ethnotourisme), avec une contribution financière bien sûr, et l’échange est tout à fait possible, et heureusement. Et évidemment rien n’est jamais tout blanc ou tout noir, et le tourisme reste un domaine très délicat en la matière !

    Répondre
  21. Fa
    22 mars, 2014 at 11:04 (4 mois ago)

    Ils n’ont peut être pas besoin de tourisme…ils n’avaient pas envie de tourisme…en me mettant à leur place deux minutes, je les comprend d’une certaine manière : ils ne se sentent sûrement pas l’envie d’avoir à exposer leur mode de vie et de faire dans le folklore, du coup bah ils monnaient tout…les gens de l’Occident qui sont tellement soucieux de leur vie privée et de leur espace vitale, ils éprouvent peut être la même chose, ça vous plairait vous que des gens débarquent dans votre vie, vous regardent dans l’espoir que vous lui demanderiez de les aider à avoir une « autre vie » alors que vous vous sentez bien dans la vie que vous avez?
    Vouloir aider les autres, c’est bien, les forcer à avoir cette aide, c’est pas bien. En gros, je dirais quand vous voyager dans les contrées que vous estimez lointaines..coupées du monde, dites vous qu’il ne faut pas y aller avec l’idée d’être un sauveur ou d’être la personne qu’ils avaient attendu parce que peut être ils n’attendent rien de vous, et qu’ils sont contents de leur vie et n’ont peut être pas envie de vous dévoiler comment ils vivent quels sont leurs rites..etc?

    Répondre
    • Claire
      22 mars, 2014 at 9:18 (4 mois ago)

      Désolée, ton commentaire était passé entre les mailles du filet…

      Répondre
  22. thai
    22 mars, 2014 at 12:06 (4 mois ago)

    ben disons qu’actuellement j’ai du mal à voir comment ça peut être donnant donnant … sois le cas du touriste qui se fait littéralement plumer comme un malpropre par des gens en local, soit les touristes qui se comportent comme des gros c*** sur place genre « je paye donc j’ai le droit de faire ce que je veux.

    et même si je suis quelqu’un d’hyper curieuse sur le monde, je trouve passionnant de se confronter à d’autres cultures, indépendamment de la question financière, le tourisme internationale reste pour moi quelque chose qui reste de fait quelque chose de déséquilibré dans les rapports humains … et que la population « moins ouverte sur le monde » de par son mode de vie risque fort d’être en situation de soumission car sera moins au courant des enjeux et des finesses que le pouvoir et l’argent engendrent …

    Sur le fait de dire qu’ils ont « raison » selon moi d’exploiter l’occidental, c’est que c’est un peu le retour de flamme aussi de la colonisation de nos pays sur tous les pays du sud… nos pays ont exploité tant de pays que vraiment j’ai envie de dire que face à ce genre de situation on devrait juste se la fermer tellement nos pays devraient avoir honte du mal qu’ils ont fait, historiquement parlant, aux pays colonisés. Là ces populations ont été prises pour des objets encombrants par les hollandais, leur pays ensuite … ben là si exploiter le touriste est un moyen de redevenir actif de leur destin et non pas passif, alors c’est un moyen…

    selon moi malheureusement le tourisme international a des conséquences bien trop graves, ne serait ce que écologiquement parlant (avion, exploitation locale, etc…) pour être quelque chose qui peut devenir bien… ou du moins le tourisme de masse comme ça se pratique aujourd’hui ça me dégoute car l’impact est vraiment violent. Mais ceci est un autre sujet ;-)

    Répondre
  23. Wizzz
    22 mars, 2014 at 12:47 (4 mois ago)

    Je trouve le débat qui a éclos dans les commentaires presque plus intéressant que l’article en lui même!

    Celui ci m’a effectivement gêné aux entournures à la lecture… mais il est justement là pour créer le débat et enrichir les expériences de chacun et pour cela c’est intéressant de l’avoir écrit, avec votre point de vue de touristes, vos attentes et vos contradictions qui sont celles de toute personne qui décide de voyager « pour aller à la rencontre des habitants ».

    Car même armé des meilleures intentions du mondes, en prenant mille précautions morales, en étant extrêmement bien préparé ( ton expérience professionnelle, que tu précises à de nombreuses reprises)… tout cela ne nous met pas à l’abri d’une déception. Comme il est dit dans un commentaire précédent: on ne provoque pas artificiellement la rencontre. Ou plutôt, si, on la provoque, mais celle çi restera « artificielle ».

    Les précisions que tu apportes en réponse aux commentaires mériteraient d’être éditées à l’article. Celà reste néanmoins une belle expérience de voyage puisqu’elle est riche d’enseignements et de surprises (car la déception c’est de la surprise quand même).

    Répondre
  24. Cordélia
    22 mars, 2014 at 12:50 (4 mois ago)

    Bonjour,
    Il parait en effet que les « rendez-vous en terre inconnue » font plus de bien que de mal après leur passage… tout le monde regarde, tout le monde veut y aller et résultat un tourisme s’installe et à partir de là, il y a des affaires d’argent et ça tourne mal…

    Répondre
  25. Léona
    22 mars, 2014 at 1:44 (4 mois ago)

    Ton article est vraiment révélateur d’un état d’esprit nombriliste à souhait. Ces populations n’ont rien demandé à la base, elles ont fait preuve malgré les pressions sociales d’une volonté d’un retour aux traditions, de les perpétuer et de les maintenir en vie. Ils sont retournés à leur isolement, à leur mode de vie dans la nature. Tu dis que les Hommes Fleurs sont demandeurs de l’apport financier que le tourisme génère, qu’ils ont besoin du tourisme pour survivre. Mais je ne pense pas que ça soit de gaieté de cœur! Il y aura toujours des hordes de tourismes pleins de billets, prêts à prendre l’avion et rêvant d’explorer les « terres inconnues » pour aller s’imposer chez eux venir les observer en live. C’est toi en tant que touriste, qui génère une demande, qui te comporte comme dans un zoo, aligne les billets et exige en plus un respect malvenu. C’est toi en tant que touriste qui creuse la dépendance économique de ces peuples qui, s’ils n’étaient pas mis de force devant la tentation de racketter les curieux, les touristes en mal d’authenticité, pourraient se renouveler et renforcer leur identité culturelle en trouvant un autre moyen honnête de gagner leur vie. Tu dis que c’est trop tard, que le système est comme ça, mais tu ne fais que te justifier face à tes propres contradictions et à ce système que tu contribues à entretenir par ton attitude colonialiste. Tu dis qu’ils ont BESOIN du tourisme pour survivre? Et bien sûr ce sont les touristes occidentaux qui, en plus d’être généreux, apporteront leurs lumières et iront sauver ces populations naïves et incapables de survivre seules!
    TU dis dans ta réponse au commentaire de Cha: « C’est un retour d’expérience dans l’objectif est de poser des questions : fallait il y aller ? Faut il les laisser continuer à vivre sans nous ? Je ne me pose pas en victime, je ne les accuse pas. Je comprends très bien pourquoi ça a foiré, je cherche seulement à comprendre ce qu’il faudrait faire / ce qu’il aurait fallu faire. » Je pense et j’espère que tu as trouvé les réponses à tes questions. Elles sont pourtant claires, à l’avenir, reste chez toi, où alors choisi des populations qui n’ont pas fait preuve d’une volonté aussi farouche de préserver leur traditions, leurs cultures et leur savoir le plus loin possible du reste du monde. Et il faut arrêter de considérer que ces populations ont absolument besoin de la présence des blancs, car c’est tout le contraire.
    L’humanité est multiple, et bien sûr que certains voyages peuvent apporter beaucoup pour les deux partis concernés, que les échanges harmonieux sont possibles (dormir chez l’habitant, dans des maisons d’hôtes, ect…) mais dans ce cas de figure assez particulier et isolé, cela relève de l’ethno-tourisme, voyeur, colonialiste, et très malsain, qui fait beaucoup de dégâts.

    Répondre
  26. Claire
    22 mars, 2014 at 2:26 (4 mois ago)

    Bonjour Léona,
    À vrai dire j’ai hésité avant d’approuver ton commentaire, car je le trouve certains mots vraiment agressifs (il faut dire que se faire accuser de voyeuriste, nombriliste et de colonialiste me semble juste un peu exagéré). Tu me fais vraiment passer pour la pire des connes, pour le touriste bob casquette canon. Pourtant je crois que je suis vraiment loin de ça (j’ai quand même bossé pour l’Institut de Recherche pour le Développement sur les problématiques touristiques, donc je pense être plutôt sensibilisée sur le sujet).
    BREF.
    Est-ce que dans mon article ou mes réponses j’ai à un moment exprimé ça :  » Et bien sûr ce sont les touristes occidentaux qui, en plus d’être généreux, apporteront leurs lumières et iront sauver ces populations naïves et incapables de survivre seules! » ? Il ne faut pas tout mélanger.

    Le but de cet article était bien de soulever des questions, et de montrer que l’image que la télé renvoie n’est pas le reflet d’une réalité que de nombreuses personnes n’imaginent pas. Tu as peut-être conscience des méfaits du tourisme, mais ça n’est pas le cas de tout le monde, dans mon boulot je suis très bien placée pour le savoir (sinon ça serait génial).
    Quant à ton conseil « reste chez toi », je te remercie. J’arrive à prendre moi-même mes propres décisions.

    Contrairement à toi, même après avoir retourné la problématique dans tous les sens, je n’arrive pas à donner un avis ferme et définitif. Et oui, je pense et je suis même persuadée que pour certains d’entre eux, arrêter toute forme de tourisme et tout échange avec le monde des « blancs » (ce mot est mal choisi d’ailleurs car les indonésiens eux-même sont des étrangers pour les Hommes-Fleurs ») serait une grosse erreur.
    Un exemple parmi tant d’autres, aujourd’hui les chamanes ne savent plus aussi bien se soigner avec les plantes qu’autrefois, et beaucoup d’Hommes-Fleurs sont malades ou souffrent de mal-nutrition. L’accès aux médicaments est un des bienfaits de leur ouverture vers le monde, mais cela inclus des échanges, et un besoin financier.
    Quel est le meilleur système pour qu’ils puissent préserver leur mode de vie, tout en bénéficiant de certains besoins fondamentaux pour eux ? Y’a t il un meilleur système ? Non, je n’ai toujours pas la réponse à toutes mes questions…

    Pour en revenir à ton argument : « Tu dis que les Hommes Fleurs sont demandeurs de l’apport financier que le tourisme génère, qu’ils ont besoin du tourisme pour survivre. Mais je ne pense pas que ça soit de gaieté de cœur! » => je suis tout à fait d’accord avec toi, en tous cas pour le cas de la famille qui m’a accueillie. Mais alors, il leur faudra trouver une autre solution que le tourisme pour pouvoir acheter de l’essence, du riz… et jusqu’à maintenant, cette autre solution, ils ne l’ont malheureusement pas.

    Répondre
  27. love deco design
    22 mars, 2014 at 3:07 (4 mois ago)

    Je pense que ces gens ne sont pas stupides, ils savent qu’ils ont ce petit côté « bête de foire », et je peux comprendre leur attitude. Nous sommes prêts à payer un billet d’avion et un guide pour les voir eux… alors pourquoi ne seraient-ils pas payés pour chaque services qu’ils nous rendent une fois sur place ? Je n’aimerais pas avoir des hordes de touristes dans ma rue prêt à me prendre en photo pour ma « différence », je le vivrais très mal. Personnellement, je ne déballerais pas ma vie et mon mode de vie à tous les touristes qui passeraient chez moi. J’espère que mon message ne sera pas mal pris, c’est très difficile de s’exprimer sur ce genre de sujet par écrit. Je précise toutefois qu’en lisant ce post, je pense avoir compris que votre intention était bonne.

    Répondre
    • Claire
      22 mars, 2014 at 4:21 (4 mois ago)

      Merci pour ton message, je comprends ton point de vue.
      Quand j’habitais à Padang sur l’île de Sumatra, j’ai plusieurs fois eu des personnes qui venaient sonner à ma porte pour me prendre en photo, tout simplement parce que j’étais blanche (et blonde), je sais donc ce que c’est. De se faire espionner aussi, pour l’avoir vécu. Je sais aussi que ça n’est pas agréable, mais une fois de plus ce cas de figure n’est pas comparable. De même que pour tous ceux qui utilisent cet argument de « est-ce que tu aimerais que des gens viennent chez toi en France te prendre en photo, voir comment tu vis ? ». Là encore, ce n’est pas comparable, l’argument est un peu simpliste (à mon goût). Ils vivent surtout une transition très délicate, qu’ils ne savent pas encore comment gérer.
      Et ne t’inquiètes pas, je prends bien ton message. D’ailleurs, cet article avait été rédigé justement pour faire débat, c’est chose faite. Par contre j’apprécie moyennement qu’on me traite de colonialiste vu mon parcours (mais vous ne connaissez que ce que j’ai montré de moi dans cet article, donc j’essaie de prendre du recul !)

      Répondre
  28. Léona
    22 mars, 2014 at 3:43 (4 mois ago)

    Ce qui me fait peur dans ce que tu racontes, c’est que justement en tant que professionnelle avertie aux problématiques touristiques, tu devrais quand même avoir un minimum de recul par rapport au problème de dépendance économique des populations du au tourisme, et pouvoir reconnaître tes propres erreurs qui découlent ton expérience! Ce qui est certain dans tout ça, c’est que, à l’inverse de toi, je pense que le tourisme n’est pas la solution pour ces populations qui souhaitent maintenir leurs traditions, et que au contraire, cela aggrave leur situation en les empêchant de se renouveler dans les pratiques culturelles, leur savoir médicinal (qui n’est pas perdu à jamais), et leur capacité d’autonomie. Car l’ethno-tourisme les fige dans ce qu’ils ont été, et dans ce qu’ils ne sont plus à présent. On leur demande du folklore, on fait toute cette route pour voir de l’authentique, avec cette nostalgie évidente de retrouver des peuples premiers chasseur cueilleurs, et ainsi on les immortalise dans cette vision dépassée. Il faut garder à l’esprit que, à partir du moment où on envisage le tourisme comme faisant partie de la solution, les mentalités locales de racket n’évolueront pas, et ils ne se tourneront pas vers d’autres possibilités d’avenir, car on leur impose le tourisme et un contact avec les blancs. Je dis bien « blanc », car même dans la société indonésienne, comme dans de nombreux pays marqués par la colonisation, c’est le blanc qui est valorisé, et non l’inverse. C’est ainsi que l’on retrouve le non-sens de voir partout en Indonésie des pubs pour cosmétiques avec dessus des femmes asiatiques blanches.
    Quand à l’image que la télé renvoie des ces populations, cela me semble aberrant, également, de la part d’une professionnelle du tourisme, de se référer à ce genre d’émissions tournées avec des caméras derniers cris et faites pour en mettre plein les yeux à des personnes en manque d’exotisme. Là également, de la part d’une personne avertie, un peu de recul entre les désirs personnels d’explorer le monde et de vivre égoïstement une expérience inédite comme à la télé, et la réalité des choses aurait été nécessaire. Ta déception en Terre inconnue hérisse mes poils, mais je m’excuse par avance si mes commentaires te semblent trop agressifs, c’est ta déception que je condamne et non pas toi personnellement. J’aurais aimé que, humainement parlant, tu ne soit pas déçue, mais au contraire fière des ces terres inconnues qui ont gardé un minimum de fierté dans ce contexte quand même oppressant. Par ailleurs merci pour cette article qui aura le mérite de nettoyer les yeux de nombreuses personnes de part les commentaires et les avis qu’il véhicule.

    Répondre
    • Claire
      22 mars, 2014 at 4:31 (4 mois ago)

      En tant que personne avertie, je ne pouvais pas passer à côté de cette occasion de rencontrer les Hommes-Fleurs (étant de passage aux Mentawai pour une toute autre raison). Ce n’est pas le reportage « Rendez-vous en terre inconnue » qui m’a fait venir, et comme je le précise dans l’article j’avais déjà pris mes billets pour l’Indonésie avant. Je ne sais pas comment t’expliquer ça, mais c’est un peu comme un spécialiste du chocolat qui de voyage en Suisse ne pourrait pas découvrir des spécialités locales uniques qu’on ne trouve nul par ailleurs et dont on dit beaucoup de bien, et dont on aimerait se faire sa propre opinion (bon, je ne sais pas si la comparaison est heureuse mais je n’ai rien trouvé d’autre). Il fallait que je sache, il fallait que je vois de mes propres yeux, au moins une fois dans ma vie.

      Pour le côté naïf du début du texte, j’en prends tout à fait la mesure. J’ai écrit ce texte pour faire réagir ceux qui n’ont pas conscience de la réalité du terrain, et j’ai volontairement forcé le trait de la rencontre idéalisée, même si de part mon vécu je présageais certaines dérives. Ceci dit, la déception que je nomme dans le titre en était vraiment une, car même si je m’attendais à une rencontre tronquée, scénarisée, j’espérais pouvoir apprendre quelque chose d’eux, ou tout du moins pouvoir communiquer un peu, et entrevoir un semblant d’avenir heureux pour eux. Peut-être une déformation professionnelle… !
      En tous cas merci pour tes interventions, même si nous ne sommes pas tout à fait d’accord sur tout !

      Répondre
  29. Christine
    22 mars, 2014 at 4:28 (4 mois ago)

    Bonjour Claire,
    Ah le beau mirage de la TV!
    Cette émission avoue sélectionner soigneusement la famille d’accueil et puis la présence de caméras tronque la réalité.
    D’ailleurs, ce que tu recherches me semble correspondre au « mythe du bon sauvage ».
    Mais enfin, nous sommes en 2014…

    Répondre
  30. Claire
    22 mars, 2014 at 4:39 (4 mois ago)

    Et oui Christine, et en 2014 il y a encore des gens qui vivent presque comme au néolithique, donc…
    J’ajouterai que j’ai travaillé un certain temps avec des bédouins du désert arabique, qui certes étaient devenus sédentaires mais qui continuaient à vivre totalement isolés et selon leurs coutumes. Leur seule source de revenu était le tourisme, organisé au compte goutte avec de petits groupes. Pour avoir travaillé plusieurs années avec eux, je peux vous dire que oui, le tourisme peut être bénéfique. C’était pour moi l’expérience parfaite, la preuve que ce tourisme là est possible, sous certaines conditions et avec des gens qui ont envie de partager l’amour de leur territoire (le désert pour les bédouins, le jungle pour les hommes fleurs).
    Il faut juste y croire, et chaque cas est différent !

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  31. istes
    23 mars, 2014 at 9:15 (4 mois ago)

    Ce que vous avez vécu n’est pas nouveau. Il y a 30 ans dans la brousse au Mali, un jeune voulait que nous lui donnions nos montres pour nous laisser entrer dans son village. Les Européens, les Occidentaux arpentent (fusil ou pas à la main) le monde « sauvage » depuis des siècles. Au 21ème siècle, il est illusoire de croire que des peuples sont encore vierges de contacts avec d’autres modes de vie que les leurs et qu’ils n’ont pas compris de quoi il retourne quand des touristes (responsables ou pas) viennent les voir. Pourquoi vous octroyez-vous le droit « d’aller à la rencontre de ces peuples ». Responsable ou pas, le tourisme est une intrusion chez les autres (qui n’en sont pas forcément demandeurs). Que diriez-vous si, dans votre ville ou village, des gens venus d’ailleurs voulaient absolument, au prétexte de vous « connaître », accaparer votre attention vous questionner, vous photographier, manger avec vous, entrer dans vos maisons, vous suivre à votre travail, donner des gadgets à vos enfants, etc ? Vous aussi, comme eux, vous demanderiez des compensations.. Dans le but, peut-être qu’enfin les « petits Blancs » cessent d’avoir envie de venir prendre chez vous des émotions égoïstes et de revenir en Occident avec l’illusion d’avoir « partagé, échangé, communiqué » avec vous et de vous avoir montré « combien vous les aimez » ?

    Répondre
  32. Claire
    23 mars, 2014 at 11:54 (4 mois ago)

    Bonjour Istes, et merci d’apporter un autre avis dans ce débat !
    Par contre, je trouve votre raisonnement plutôt simpliste, mais il s’agit peut-être d’une déformation professionnelle. On ne peut pas tirer des conclusions aussi radicales sur les conséquences du tourisme, on ne peut pas non plus retourner la situation comme vous le faites en imaginant la même chose chez nous. Ça n’est pas si simple que ça.
    J’ajouterai que votre commentaire, comme bon nombre de commentaires si dessus reflètent malheureusement un état d’esprit bien pessimiste sur l’évolution de l’espèce humaine et sur nos valeurs. Personnellement j’ai bien sûr été déçue par cette expérience, mais comme je l’explique dans ma conclusion je ne généralise pas non plus, et d’ailleurs je m’attendais à quelque chose de tronqué. J’ai aussi vécu des expériences très réussies dans un cadre touristique, car bien préparées, bien organisées, et avec des personnes ayant une pleine conscience de la situation.

    Les « petits blancs » comme vous le dites si bien ne sont pas tous de méchants loups décérébrés, et les « sauvages » pour reprendre une fois de plus des expressions souvent retrouvées dans ces commentaires ne le sont pas non plus, et ne le seront plus jamais, il ne faut pas se bercer d’illusions, il suffit juste d’en prendre conscience. C’est un des objectifs de cet article. Et alors, est-ce un mal ?

    Répondre
  33. Flora
    23 mars, 2014 at 7:58 (4 mois ago)

    Bonsoir
    Juste un petit mot pour te dire que j’ai beaucoup apprécié ton article qui m’a, il faut bien l’avouer, ouvert les yeux et fais réfléchir.
    Je comprend le débat qui en découle et personnellement ce qui me choque le plus dans ton récit c’est cette marchandisation cachée. Pourquoi ne pas exposer clairement dès le début les attentes financières au complet? Je comprend leur comportement mais je ne comprend pas cette hypocrisie. Une fois qu’on est sur place on ne peut ressentir cela que comme un piège.
    Ce genre de tourisme ne m’a jamais intéressé et maintenant je suis sûr que je préfère attendre qu’il soit plus organisé et que, en plus de l’aspect financier, les peuples concernés est une réelle envie de partage.

    Bonne soirée :)

    Répondre
  34. Échos verts- Natasha
    23 mars, 2014 at 11:14 (4 mois ago)

    Bonjour,

    Merci d’avoir partagé ton expérience…

    J’ai personnellement passé du temps avec différents peuples isolés à différents degrés (mais peut-être pas autant que les Hommes Fleurs), chez les Imraguens en Mauritanie, les Kalinas en Guyane Française et les Cunas au Panama notamment, et tout s’est toujours très bien passé. Autre différence entre ton expérience et la mienne: il n’y avait pas d’argent en jeu.

    Même si j’aimerais en savoir plus sur les peuples qui vivent isolés et différemment de nous, je ne serais pas prête à les payer pour pouvoir les rencontrer dans leur milieu; tout comme, je trouverais cela vraiment étrange que des gens me paient pour me rencontrer, me photographier et observer mon mode de vie.

    À partir du moment où il y a de l’argent en jeu, je ne vois pas l’intérêt d’un tel échange sur le plan humain. Car même si cela peut très bien se passer, on sait dès le départ que sans argent, cette rencontre n’aurait pas lieu… Alors quel intérêt à rencontrer des gens qui font ça pour l’argent et qui donc inévitablement auront des attentes, et si cela se passe « bien », se conduiront de manière à répondre aux attentes des touristes.

    En tous cas, même si le débat à ce sujet est houleux, je trouve cela important que tu aies fait part de ton expérience ici car je crois que quelles que soient nos intentions, et aussi bonnes soient elles, tout touriste laisse des traces sur son passage et il est essentiel que l’on réfléchisse à l’impact potentiellement néfaste de nos dires et gestes sur les régions et les peuples que l’on visite.

    Au plaisir de lire tes prochaines réflexions de voyage, en te souhaitant qu’elles soient plus positives.

    Répondre
    • Claire
      24 mars, 2014 at 8:47 (4 mois ago)

      Merci Natasha !
      Tu as beaucoup de chance d’avoir pu vivre des expériences semblables sans argent en jeu…je pense que c’est maintenant très rare mais ton avis est donc plutôt positif !
      Chaque expérience touristique est de toute façon unique, on ne peut pas comparer les mentawai avec les massais, ou les bédouins d’Égypte avec ceux de Jordanie… c’est pour ça une fois de plus je pense que d’imaginer la même chose dans l’autre sens (c’est à dire des gens venir nous photographier chez nous) n’est pas argument qui tient la route. Nous n’avons pas les mêmes besoins qu’eux, ni la même culture, ni le même passé…
      Une chose est sûre, c’est que le tourisme que j’ai découvert sur place n’est pas une bonne solution en l’état, et en tous cas pas une solution durable !

      Répondre
  35. Marianne
    24 mars, 2014 at 4:12 (4 mois ago)

    Bonjour, Merci d’avoir engagé un débat intéressant porteur d’une vraie réflexion sur la question.
    Je n’ai pas d’avis tellement tranché sur ce que doit être ou pas le tourisme chez les Mentawaïs, d’abord parce que je n’y suis jamais allée et que je n’irais sans doute jamais, et que ma connaissance de ce peuple se limite à ce que j’ai pu en apprendre via l’équipe de Ricky http://fr.authenticsumatra.com/ et à quelques lectures sur le net. C’est lui qui apparaît dans le dernier documentaire de Frrance 2 et qui semble être l’intercesseur le plus approprié pour faire connaissance avec les Mentawaï, grâce à une compréhension fine de leur culture et à des relations harmonieuses, comme vous le mentionnez.
    Cela dit, je m’étonne qu’une personne qui se pose avec tant d’insistance comme une spécialiste des problématiques de l’ethno/eco-tourisme n’ait pas pris un peu plus de recul face au décalage des dialectiques de nos deux cultures, tellement différentes. Vous êtes étonnée que la main tendue ne soit pas un geste de salut mais une demande de « cadeau »? Mais pourquoi faudrait-il que la terre entière se conforme au même geste de salut préliminaire? Vous semblez trouver un peu fort que vos hôtes chipotent sur la marque du tabac. Pourquoi? En exagérant un peu le trait, c’est un peu comme si vous décidiez de payer vos consommations en France en Rupiah et que vous ne compreniez pas que le cafetier s’en offusque. Il semble que votre guide n’ait pas été à même de tenir son rôle d’intermédiaire, fondamental pour tenter de jeter un pont entre deux mondes opposés.
    Je partage l’avis de certaines personnes exprimé plus haut concernant le bien fondé de ce type d’expédition touristique basé sur des principes contradictoires, et à la question que vous posez,
    à savoir s’il fallait aller voir les Mentawaïs ou pas, pour moi c’est non.
    D’abord pour des raisons personnelles car je ne suis pas tellement attirée par la vie dans la jungle, et puis pour aller dans le sens du choix des Mentawaïs de vivre en retrait du monde moderne. Et je suis un produit du monde moderne, même si je n’en approuve pas tous les aspects, et si j’arrive avec ma mine bien portante, bien équipée, bien éduquée, les poches pleines de rupiah dans une tribu ancienne, ma simple présence contribue à modifier le fragile équilibre qu’ils tentent de préserver à l’écart du monde. En remontant dans les siècles, en Amérique, rien que le souffle des nouveau migrants, chargé de maladies inconnu par l’organisme des « indiens » suffit à les décimer. Aussi je me satisfais des publications et des reportages qu’on nous donne à lire et à voir, et j’honore leur choix de vie à distance.
    J’espère bien que les Mentawaï ont su négocier à leur avantage la venue des caméras lors des différents reportages qui ont été tourné, qui ont mobilisé un audimat important, permettant au passage de faire la réclame de shampoing et de chips à l’huile de palme. Même si c’est un peu exagéré, je ne suis pas plus choquée que ça qu’ils vous aient demandé de faire payer des photos. Je crois bien que quand Ricky et son équipe emmènent des groupes de visiteurs étrangers, ils paient un forfait au chef, sans doute votre guide avait-il mal défini les contours de leur collaboration?
    Espérons que des solutions alternatives au tourisme puissent émerger pour valoriser les tribus Mentawaï. Peut être cela a-t-il déjà été fait, mais des missions de recherche sur la pharmacopée et la médication traditionnelle permettraient aux Mentawaïs de partager et d’entretenir leur savoir, par exemple?

    Votre article a le mérite d’être sincère, et comme vous le dites, c’est intéressant qu’une professionnelle du tourisme fasse et relate ce genre d’expérience.
    Même si j’ai une position claire sur la question finalement, je n’entends pas imposer mon point de vue à tous et je comprends que d’autres aient de réelles motivations pour aller à la rencontre des Mentawaï. On a la chance de savoir maintenant qu’il existe UN bon guide, alors ne vous trompez plus! http://fr.authenticsumatra.com/
    (je n’ai aucun intérêt matériel à ce conseil juste beaucoup de sympathie pour Ricky et son équipe :) )

    Répondre
    • Claire
      24 mars, 2014 at 8:36 (4 mois ago)

      Merci Marianne pour ton avis sur le sujet !
      Je te rejoins sur beaucoup de choses, mais je continue quand même à penser que le tourisme peut, sous certaine forme, être un moyen pour eux de garder leur mode de vie actuel tout en leur permettant d’accéder à de nouveaux besoins. Ce n’est pas une solution parfaite, mais pour un tribu qui vie à cheval entre leur tradition et des besoins modernes, je ne pense qu’il existe de solution parfaite.
      Quand tu soulève l’histoire de l’Homme-Fleur qui m’a tendu la main, je suis d’accord avec toi, et bien sûr avec un minimum de recul (et même sur le moment), je me suis fait cette même réflexion. Mais comme cherche à le soulever l’article, lorsqu’on part vivre une expérience si particulière, on ne peut s’empêcher de se créer des envies qui sont bien loin de la réalité, idéalisés par l’image qu’on veut s’en faire. Mais je suis très vite redescendue sur terre !
      Et pour conclure oui, certainement que si j’étais partie avec un bon guide, mon histoire aurait été toute différente ! Le fait de payer la famille d’un coup, dans le respect de tous, avec un moment juste pour tout le monde aurait pu rendre l’expérience plus enrichissante, même si bien sûr elle aurait quand même été biaisée.

      Répondre
  36. Fanny
    24 mars, 2014 at 8:35 (4 mois ago)

    Woww ce récit fait mal au coeur. J’aimerais penser (naïvement) qu’il existe encore des gens vivant loin de la civilisation et de ses effets pervers et surtout non corrompus comme malheureusement c’est le cas dans de nombreux pays de sud-Asie ou d’Afrique (j’ai encore en mémoire un enfant se coupant volontairement le front pour se faire saigner devant mes yeux et me poursuivre dans les rues de Delhi pour que je lui donne de l’argent, ainsi que tous ces enfants m’encerclant dans des petits villages marocains me criant « donne moi donne moi » sans savoir précisément ce qu’ils attendaient.). Bien sûr comme tu le dis il ne faut pas généraliser, mais c’est vraiment révoltant de se dire que ce sont ces « richissimes blancs » qui les ont fait ainsi. Ils ne représentent peut être qu’une minorité (là aussi j’ose espérer que ces personnes en mal d’exotisme malsain ne sont pas si nombreuses), mais les dégâts causés sont énormes font mal au coeur. Un livre m’avait d’ailleurs fait un peu plus ouvrir les yeux à ce sujet: « Latitude Zéro de Mike Horn. Peut-être que tu l’a déjà lu? Il raconte le tour du monde de cet explorateur qui a décidé de suivre la ligne de l’Equateur et, au-delà de cette aventure, ce qui m’a vraiment marqué au fil des pages c’est qu’au final, le seul endroit où il est le plus en sécurité, c’est en pleine mer. Les trafiquants de drogues qui prennent le pouvoir sur toutes les tribus indienne de l’Amazonie, les peuples africains qui s’entre-tuent et ne connaissent que les armes… Il raconte tout cela avec une complète objectivité, et très franchement, c’est assez effrayant.
    Après, tout n’est pas tout blanc ou tout noir. J’imagine bien qu’il existe encore des peuples vivant en autarcie et qui sont également loin de tout ce business touristique. Ou alors qui le gère d’une façon plus saine.
    Mais je suis malheureusement novice sur le sujet, et mon commentaire fait certainement beaucoup de raccourcis, ou peut-être même est trop cliché et fait part d’une façon de penser et voir les choses de manière trop simpliste ? En tout cas j’ai découvert ton blog via la Une que tu as eu sur Hellocoton et je vais partir à la découverte de tes autres articles pour voir si je peux en apprendre un peu plus.
    En tout cas, merci pour ce partage d’expérience !

    Au plaisir de te lire,

    Fanny

    Répondre
  37. nanipacsous
    24 mars, 2014 at 10:05 (4 mois ago)

    Salut Claire
    Tout d’abord merci pour ton article.
    Je pense que tout comme vous, n’importe qui aurait déchanté. n’importe qui… hum, non peut être pas…et c’est bien ça le problème.
    A bien y réfléchir on peut facilement imaginer quel type de population peut s’averer friande de ce mode de tourisme, et alimenter ce pathétique ersatz d’authenticité.
    Ces gens à l’esprit étriqué qui regardent la différence avec une curiosité nauséabonde, bien calfeutrés derrière « le double vitrage hermétique et protecteur » d’une vie riche et convenue, loin des réalités de « l’autre » au sens large.
    Une curiosité qui les pousse à aller voir, mais en ne prenant surtout aucun risque, et pour qui ce type ce tourisme répond à ce voyeurisme malfaisant et malsain, porté par un regard méprisant, et réducteur envers ceux qu’ils considèrent comme des sauvages.
    Et forcément ce tourisme fait écho à leur vision puisque les autochtones -parfaitement concients de ce regard qui leur est porté- ne cherchent qu’à en tirer profit.
    Un cercle vicieux.
    Vous n’avez pas eu de chance… et ce guide vous a visiblement pris pour ce type d’individus…
    Au plaisir de te recroiser, et peut être sur mon blog… où tu seras la bienvenue
    A bientôt ! ;)
    nanipacsous (http://kampai-nanipacsous.blogspot.fr/)

    Répondre
    • mlleclara
      25 mars, 2014 at 11:04 (4 mois ago)

      Bonjour,
      Votre récit fait mal au coeur en effet.
      Pour apporter une note d’optimisme, j’ai eu l’occasion de partir chez les hommes fleurs avec l’équipe de Ricky d’authentic Sumatra. Mon expérience est tout autre. Je garde de ces 3 jours un souvenir mémorable et des rencontres magnifiques. Déjà il est hors de question pour Ricky que nous amenions des cadeaux, nous avons payé notre excursion auprès de lui et il se charge de rémunéreer les familles d’accueil. Aucun travestissement: ceux qui avaient l’habitude d’être nus le sont retés, ceux qui portaient des vêtements ne les ont pas otés. Mes filles (12 et 5 ans) ont montré des mouvements de tae kwon do aux enfants qui, en retour leur ont fait partager le soin aux animaux. Nous avons joué aux cartes, chanté… chacun apportant aux autres ses propres habitudes. La partie de pêche organisée dans la rivière n’était pas « pour le folklore », mais le résultat de cette pêche a bel et bien nourri la famille le soir. Nous avions notre propre nourriture (en partie parce que nos guides sont musulmans et qu’ils ne mangent pas la même nourriture que les hommes fleurs), mais le chamane est venu nous faire partager et goûter des plats de leur propre repas.
      En 3 jours cela reste bien évidemment superficiel, mais nous n’avons à aucun moment eu l’impression que l’on nous vendait une « authenticité frelatée ».
      Repartez donc avec Ricky si vous en avez l’occasion

      Répondre
      • Claire
        25 mars, 2014 at 11:13 (4 mois ago)

        Bonjour Clara, et merci pour votre commentaire !
        J’aurais aimé que Anne ou Ricky donnent leur avis, car effectivement je pense qu’ils ont des méthodes permettant de rendre l’expérience positive pour tout le monde. De notre côté, il est évident que de grosses erreurs ont été commises dans l’organisation de la rencontre, mais à ce moment là nous n’avions pas le recul pour le voir.

        Répondre
        • Rebillard
          25 mars, 2014 at 3:52 (4 mois ago)

          Bonjour a vous tous
          Avec un guide conseiller par Ricky nous en sommes revenu avec de merveilleux souvenirs et ce fut une belle expérience …..

          Répondre
  38. Marion
    25 mars, 2014 at 3:25 (4 mois ago)

    Comme Clara nous sommes partis avec « Authentic Sumatra » et avons de jolis souvenirs.
    Il est indéniable que les Mentawaï nous accueillent d’une part pour recevoir de l’argent et des « cadeaux » (qu’il nous semble naturel de faire…), mais j’aime à penser également qu’ils y prennent plaisir… J’ai eu l’impression que la famille était contente de nous accueillir et qu’il y a eu du partage dans les deux sens. Même si nous avions notre nourriture on nous proposait toujours de partager la leur. Les personnes n’étaient pas « déguisées », mais certaines en habits traditionnels et d’autres avec des vêtements « modernes ». J’ai pu prendre des photos et filmer sans problème (je leur ai d’ailleurs fait parvenir les clichés).
    Si je devait faire une comparaison avec notre « monde » (car il vivent tout de même dans un autre monde…) ils sont comme des personnes qui auraient ouvert une chambre d’hôte. A la fois pour l’argent que ça rapporte et pour le plaisir. En accueillant des touristes il peuvent conserver autant que possible leur mode de vie traditionnel (en partie du moins) tout en ayant un lien avec le monde extérieur et en ayant accès à certains avantages matériels (lampes à pétrole, moustiquaires etc). Il est utopique de penser trouver des hommes sauvages vivant en totale autarcie, mais il est possible de trouver un peuple qui vit tout de même d’une façon particulière, avec des croyances et des valeurs qu’il est intéressant d’approcher.
    Mais…. tout cela avec un bon guide!!! Si vous souhaiter les rencontrer prévoyez vraiment votre voyage et entourez vous de personnes de confiance qui travaillent dans le respect (comme c’est le cas de Ricky et Anne).
    Je ne sais pas si je peux le mentionner, mais j’ai un site où j’ai raconté notre (bonne) expérience: unregarddesvoyages.com

    Répondre
  39. Anne
    25 mars, 2014 at 11:24 (4 mois ago)

    Bonjour Claire,
    Je ne prends connaissance de ton article et du débat que maintenant. J’y apporte ma contribution très vite :)
    Anne (et Ricky)

    Répondre
  40. figueras raymond
    27 mars, 2014 at 5:23 (4 mois ago)

    Je reviens juste de Siberut> je n’ai pour l’instant ni le courage ni le temps de m’etendre sur le sujet qui est debattu. Quand je rentrerai je ferai quelques commentaires supplementaires a propos de ce vieux debat des rapports entre touristes et peuples premiers (je ne trouve pas les guillemets ni les accents sur ces claviers asiatiques).
    Personnellement, voila pres d’une dizaine d’annees que je frequente les Mentawai> J’ai parcouru l’ile, essentiellement a pied dans tous les sens, et je peux dire que je la connais bien ainsi que ses habitants ; j’ai d’ailleurs ecrit un livre sur ces experiences et sur la culture chamanique et mentawai; Figueras Raymond Au pays des hommes fleurs avec les chamans des iles Mentawai, Transboreal> Dans ce livre le debat des relations touristes, monde exterieur et Mentawai est aborde> A bientot pour davantage de commentaires> Aman Juli (mon nom mentawai)

    Répondre
    • Claire
      27 mars, 2014 at 7:56 (4 mois ago)

      Merci d’avance, hâte d’avoir l’avis d’un expert des Hommes-Fleurs !

      Répondre
  41. Anne
    11 avril, 2014 at 11:24 (3 mois ago)

    Bonjour Claire,
    Je reviens vers toi pour apporter ma petite contribution.

    Déjà, vraiment désolée que cette belle rencontre avec les Mentawai ait été gâchée pour vous deux.
    Lorsqu’on part a l’aventure avec un guide, ou que ce soit d’ailleurs, on peut très bien comme très mal tomber.
    Pour ce qui est des Mentawai, c’est bel et bien devenu un business rentable pour les guides de Padang et Bukitinggi. Vous avez du tomber sur ce genre de guide.
    Certains ne connaissent rien aux Mentawai, d’autres les méprisent même et ont trouve un bon moyen pour faire du fric facile, j’en ai rencontre..
    Je précise que je vis a cote de Padang depuis bientôt 3 ans et que je me suis rendue sur Siberut a de nombreuses reprises.

    Alors est-ce que le tourisme est positif pour eux?

    Je rebondis sur ce qui a été déjà dit, par toi d’ailleurs Claire : le tourisme, il n’aurait jamais du arriver jusqu’à eux mais maintenant qu’il est la, ce serait les tuer que de le faire disparaitre.

    Le tourisme les a pervertis, oui c’est sur et certains. Enfin, pas le tourisme, mais L’ARGENT du tourisme. Plus aucun Mentawai ne vit comme avant sans argent. Ils connaissent tous l’argent et en ont besoin. Quiconque connait l’argent ne peut vivre sans après.
    On ne peut pas leur en vouloir.
    Malgré ce que l’émission Faut pas rêver diffusée dernièrement veut faire croire, ils ont besoin d’argent.
    La prod les a copieusement payes :)

    Donc le tourisme n’aurait jamais du s’installer dans l’ile, mais maintenant qu’il est la, il ne doit pas en repartir.
    Et c’est grâce au tourisme maintenant qu’ils vivent « mieux ». Qu’ils vont se faire soigner dans des hôpitaux, qu’ils scolarisent leurs enfants (et oui, la plupart pensent comme vous et moi, donner un futur a nos enfants).

    Mais encore faut-il que les guides les rétribuent comme ils se doit et n’emmènent dans les Uma que des gens respectueux.

    C’est ce que nous faisons avec AuthenticSumatra et j’en suis fière.
    Ricky connait les Mentawai depuis très longtemps, parle leur langue, les respecte et les paye plus que la plupart des autres guides.
    Nous informons bien en amont les personnes qui désirent partir avec nous sur Siberut des risques, du respect a avoir, de notre engagement et tout se passe toujours très bien.

    En tout cas Claire si un jour tu souhaites réitérer l’expérience, on se fera un plaisir de t’y emmener.
    Bises

    Répondre
    • Claire
      12 avril, 2014 at 10:53 (3 mois ago)

      Merci Anne pour ton commentaire !
      Je suis tout à fait d’accord avec toi, maintenant qu’on ne peut plus revenir en arrière l’important est d’aider les Mentawai à vivre au mieux avec le tourisme. Ce serait se voiler la face que d’imaginer qu’ils puissent retourner à leur vie d’avant.
      Pour mon expérience personnelle, effectivement je suis tombée sur un guide qui n’a pas su préparer nos hôtes et nous même à une expérience positive. C’est là toute l’importance : venir à leur rencontre avec un guide préparé, connaissant les problématiques et travers du tourisme, ainsi que le potentiel bénéfice de cette expérience pour les Mentawai comme pour ceux qui souhaitent venir à leur rencontre.
      Je suis sûre qu’avec Ricky vous faites ça très bien :-)
      J’espère avec l’occasion un jour de revenir dans le coin, et pourquoi pas retenter l’expérience avec vous !

      Répondre
  42. Figueras Raymond
    3 mai, 2014 at 4:44 (3 mois ago)

    J’ai pris du temps avant de répondre à cet article et aux commentaires qu’il suscite car j’avoue que les nombreux jugements, pré-conçus et méconnaissances qui jalonnent ces débats, ont freiné ma réflexion et mes envies d’explications. Faut dire aussi que ce genre de débats sur les relations établies entre touristes « venus de loin » (sasareu) et peuple Mentawai deviennent récurrents et sont difficiles à résoudre de manière concise dans le cadre d’un « comment-taire ». Surtout pour un bavard comme moi !
    Au préalable, j’aimerais dire à Claire que les études et diplômes ne remplacent pas les expériences de terrain et surtout n’enlèvent rien à la subjectivité des auteurs.
    Les intitulés attractifs de ces formations et activités (tourisme équitable, chef de produit dans le tourisme d’aventure, problématiques de développement touristique dans les pays du sud) ne garantissent pas non plus, loin s’en faut, une approche compréhensive des peuples et pays visités.
    Je note en outre que ce n’est pas la première fois que tu te plains de tes « galères » et conditions d’accueil dans les pays que tu visites (le « là et là » de ton texte qui renvoie à tes articles sur ton stage à Padang et Mentawai en est un bon exemple). Et tu mets beaucoup de subjectivité dans tes plaintes et donc peu de distance (professionnelle s’entend). Pour ta défense, il est vrai qu’en voyage on rame souvent plus que de raison ou que l’on se fait mener parfois en bateau.
    Plus fondamentalement, je vais donc tenter de comprendre pourquoi cette visite dans une famille mentawai a mal tourné. Les éléments concrets manquent : quel guide? combien d’argent investi dans ce voyage? quel lieu et quelle famille d’accueil? quelle marque de cigarette? quelle nourriture? Autant de questions qui paraissent anodines mais auxquelles il serait pertinent d’apporter des réponses afin de bien situer les problèmes que tu soulèves. Je vais donc supposer que le guide est aussi « venu de loin » càd de Sumatra, qu’il s’est octroyé une bonne commission, qu’il a choisi une famille au plus près de ses possibilités personnelles, qu’il vous a conseillé d’apporter votre propre nourriture de peur que vous soyiez conduits (et lui-même en l’occurrence) à consommer des aliments jugés par lui impurs (porc et tout produit qui peut-être contaminé par cette viande car il est, on l’aura compris, musulman) et enfin, pour économiser quelques roupies, il vous a dit de prendre des cigarettes de qualité médiocre et d’offrir quelques petits cadeaux de moindre valeur (briquet et stylos) car il considère ce peuple comme pas très cultivé (c’est un euphémisme). Je caricature à peine, c’est souvent comme cela que les choses se déroulent avec des guides extérieurs. Mais toutes ces questions-réponses n’expliquent pas vraiment pourquoi vous avez été si mal reçus. Je vais donc exposer succinctement un des traits essentiels de cette culture mentawai: l’otsai.
    « Diviser pour mieux partager » pourrait être l’adage des Mentawai. Socialement ce peuple fonctionne de manière clanique càd qu’il est divisé en clans (patrilinéaires) et que l’île est partagée en territoires appartenant aux différents clans. Chaque clan entretient des relations avec un certain nombre d’autres clans (relations d’alliance, d’entraide, de réciprocité, de bon voisinage… et parfois de rivalités et de conflits) et beaucoup s’ignorent eu égard à la distance géographique et aux langues différentes qui les séparent.
    Chaque clan se compose de plusieurs familles nucléaires qui habitent dans des maisons (sapou) individuelles dans les villages dits « sociaux et « propres  » (barasi) que le gouvernement indonésien a planifiés et construits pour sortir ces gens de la forêt (leleu), « sauvage » et « sale » par opposition, afin de les « civiliser » ou plus exactement de les « indonésiatiser ». Beaucoup de ces familles vivent cependant le plus souvent dans la semaine dans leurs maisons à cochons (sapou sainak) qui se situent en lisière de forêt près d’un cours d’eau.
    Plus signifiant pour notre débat, ces familles se réunissent à maintes occasions dans la grande maison clanique (uma). Par exemple, lors des cérémonies (mariage, cure chamanique, inauguration d’une nouvelle uma, pirogue, etc.), tout le clan se retrouve dans cette grande maison. C’est au cours de ces réunions claniques que l’on comprend le mieux ce que signifie la pratique du partage chez les Mentawai. Rituellement des cochons et des poulets sont offerts par le maître de céans ou de cérémonie pour être sacrifiés (noter que ces animaux domestiques représentent la grande richesse et le principal moyen d’échange et de partage de ce peuple). Les morceaux découpés, une fois cuits, sont scrupuleusement partagés dans les plats en bois ou confectionnés avec un tronc de bananier, en quantité et à qualité égales, entre toutes les familles et pour chacun de leur membre (les enfants et bébés compris). Il en est de même pour toute la nourriture et autres produits comme le thé, le sucre et surtout le tabac. Ce moment de division et de partage en particulier des viandes sacrificielles constitue à lui seul toute la symbolique et la pratique sociale, spirituelle et rituelle de ce peuple. Il divise (clans, territoires, tâches, rôles, nourriture, tabac, etc.) pour mieux partager. Au cours de ces cérémonies animistes, lors de différentes séquences rituelles, les ancêtres, la terre nourricière des cochons et volailles, la grande maison, les animaux de la forêt (singes surtout) et l’âme de chacun et chacune ne sont pas oubliés et reçoivent leur part symbolique de nourriture corporelle et spirituelle.
    Il en est de même pour tous les actes de la vie mentawai: par exemple, une famille ne prend jamais ses repas sans en offrir en partage à au moins un des membres de son clan ou à l’un de ses amis. Manger seul est tabou. Fumer seul n’est pas concevable. Donner et recevoir, l’esprit du don et du contre-don circule en permanence chez ce peuple. Notons aussi que très peu d’argent cash circule (et quand il y en a un peu il part souvent en fumée!): les Mentawai sont pauvres en ce sens; leur principale richesse et monnaie d’échange est le cochon.
    L’étranger, invité dans de telles occasions ou simplement hébergé par une famille se doit donc de partager s’il veut être reconnu, surtout de façon momentanée, comme faisant partie du clan. Alors, il offre sa contribution immédiate (il ne peut pas différer son don car il n’est que de passage) s’il veut se faire pleinement accepter. Pas toujours facile cependant pour lui d’évaluer la valeur de cet échange: n’oublions pas cependant que les clans mentawai fonctionnent de manière égalitaire et non hiérarchisée: toutes les décisions concernant le clan se prennent en réunion après de longues discussions (paruru) et à l’unanimité des voix. Si un litige apparaît, il est réglé de la même manière, avec partage si nécessaire de terres, cochons, poulets, ustensiles, tabac et victuailles diverses. En cas de désaccord total, le clan peut se scinder, chacune des fractions conservant ses biens. Bref, on n’en sort pas de ces histoires de partage!
    Revenons au visiteur éphémère que représente ce touriste fortuné ou non qui un beau jour apparaît et demande l’hospitalité à un clan (je le distingue du voyageur qui ne se contente pas de « trois petits tours et puis s’en va »). Fini le temps où il pouvait être accueilli avec une volée de flèches empoisonnées et où sa tête coupée aurait pu orner les poutres de la grande maison! (les Hollandais à ce propos n’ont jamais colonisé l’île et surtout son peuple: par crainte ou parce qu’ils n’en voyaient guère l’intérêt, ils se sont toujours tenus à l’écart de cette forêt et de ses natifs inhospitaliers; ils ont juste promulgué une loi interdisant la chasse aux têtes qui a été bien reçue par les Mentawai soulagés qu’une telle coutume de rivalité et de don (offrande de têtes humaines lors de cérémonies) prenne fin. Dernière parenthèse, les Mentawai en revanche gardent un très mauvais souvenir de l’occupation japonaise pendant la guerre).
    L’étranger donc, doit se comporter non en conquérant ou avec désinvolture mais de manière juste: le partage égalitaire (otsai) devant être une de ses préoccupations premières (bien avant le confort et les prestations de l’accueil). Problème délicat pour qui ne maîtrise pas, par définition, les valeurs et coutumes de l’endroit. En principe, mieux vaut se montrer généreux (sans tomber dans le dispendieux) et donner plus, s’il le faut, comme si nous allions revoir des amis de longue date ou une famille perdue de vue. Il ne nous viendrait pas à l’idée d’offrir une mauvaise bouteille quand on va chez eux en Europe, a fortiori en France. Donc, chez les Mentawai, de bonnes cigarettes (ube) (les cartouches les plus luxueusement emballées sont devenues le top surtout chez les jeunes) et du bon tabac (Panorama, pour les plus âgés) ouvrent la voie et permettent au visiteur (qui ne vient pas avec ses cochons s’il en a) de nouer contact de manière appropriée. Même lors de rencontres fortuites, il est de bon ton d’offrir une cigarette à qui le demande (OK, on peut jouer l’évitement en fonction de ses réserves) et surtout d’en proposer à ses connaissances («cigarette pour les amis», dit-on en plaisantant (ube siripok).) En outre, la nourriture apportée ne doit pas l’être que pour soi mais devra être partagée entre tous: thé, café, sucre, riz, nouilles instantanées au glutamate… sont les bienvenus et il n’en faut pas plus pour que la famille accueillante partage son sagou (sagu), son taro (gettek), ses feuilles et fruits divers et ses viandes (iba) domestiques, de la forêt et de la rivière. Quant aux photos payantes (qu’il faut éviter de faire à moins d’être un professionnel exigeant et prêt à banquer mais ceux-là comme les équipes de télé du monde entier sont responsables de cette inflation pécuniaire et comportementale que j’ai moi-même vécue chez les Sakuddei, un clan isolé et d’autant plus recherché par les pros de l’image), quant aux photos payantes donc, elles révèlent le malentendu de la rencontre: la contribution du visiteur n’est pas estimée suffisante, appropriée, justement répartie (la faute principalement à votre guide) ou alors, hypothèse plausible, la famille qui vous a si mal reçus voit passer trop de touristes et essaie d’en tirer un maximum de profit. Peu probable cependant car dans ce cas de haute fréquentation et de mauvaise réception, la source finirait par s’épuiser d’elle-même à force de tirer sur le baudet. Je vois donc une dernière explication à ce comportement peu avenant, ou plutôt je l’analyse comme résultant de plusieurs facteurs conjugués: fréquentation touristique élevée, beaucoup de dividendes apportés, soit par des groupes ou des équipes professionnelles, vos apports n’étant pas à la hauteur du partage attendu en retour, vu aussi peut-être le train de vie de ce clan familial (uma)… D’ailleurs, j’ai eu plusieurs retours de ce genre par rapport aux photos payantes, phénomène qui existait auparavant sous forme d’échange d’une cigarette et seulement dans certains coins (Madobag en particulier) mais qui a tendance à se développer (les Mentawai ont appris que certaines photos sont utilisées professionnellement et rapportent de l’argent à leur auteur). Rançon du touriste consommateur et voyeur. Perso, je n’ai jamais payé pour faire une photo (je possède de très nombreuses « prises » comme on dit sans plaisanter) en dehors des extra apportés lors des cérémonies ou hébergements.
    Je vais bientôt m’arrêter, j’ai tant à dire. Finalement, faut-il donc se rendre dans cette île-forêt au risque de déranger les habitudes ancestrales des Mentawai ? Ou bien encore, autre interrogation légitime souvent soulevée par le touriste de passage et par les bien-pensants d’outre-mer et autres casaniers, ne risque-t-on pas en les visitant de dévoyer leur authenticité et de les transformer en peuple folklorique? Cette notion nous entraîne en plein paradoxe: quelle échelle de valeur permet de calculer le degré d’authenticité du peuple Mentawai ? J’exclus bien sûr de ce calcul le désir ou le fantasme du touriste en quête du rêve exotique qu’il espérait réaliser en se rendant aux Mentawai ; D’ailleurs si l’on demandait au touriste lambda si lui-même se considère comme authentique, répondrait-il que non au risque de remettre en question sa propre identité, voire son existence ? Juger de l’authenticité d’un peuple revient à le fixer dans une identité immuable, invariable, tout changement étant considéré comme une perte. Certains aimeraient que les peuples soient restés sur la ligne de départ de leur existence comme un vague reflet de ce que furent nos origines communes. C’est en fait, sous couvert d’une relation à l’autre égocentrique -se rapportant à soi- et une interprétation univoque, méconnaître ou nier l’identité réelle d’autrui, celle qu’il se façonne au gré des circonstances depuis 3000 ans. Voudrait-on, quand on leur rend visite, qu’ils soient toujours coupeurs de têtes ? Encore aujourd’hui, il n’y a pas plus Mentawai que les Mentawai ! L’homme mentawai ne se déguise pas quand il remet sa coiffe traditionnelle, sa guise étymologiquement. Il veut plaire à son âme et à celle des autres. Il se déguise quand il la quitte pour se vêtir d’un short et d’un tee-shirt. Nuance. Même vêtus de haillons, ils gardent ce qui les distingue des autres peuples. Dans le désordre : leurs histoires et leurs mythes, la connaissance de leur environnement, leurs rituels, leur habileté à construire des umas et des pirogues, leur capacité à marcher sur des troncs chargés de boue, leur addiction au tabac, leur appétence pour le sagou, leur système clanique, leurs territoires, leur lignage patrilinéaire, leurs cérémonies, leurs chamans, leurs objets rituels, leurs croyances animistes, leurs cochons, leurs poulets, le partage égalitaire et non hiérarchique des tâches, de la nourriture, etc. la liste est loin d’être exhaustive mais il faut vivre longtemps avec eux pour assimiler tout ce qui établit une différence fondamentale entre eux et nous dans la façon d’appréhender la vie.
    Les touristes visitant l’île de Siberut ne trouvent peut-être pas tous le rêve espéré mais qu’ils soient convaincus qu’ils n’altéreront pas l’intégrité du peuple Mentawai (faut savoir rester modeste). Je pense même que ces visites quand elles se déroulent sans accroc particulier font plaisir aux Mentawai, pas seulement pour des questions financières, mais aussi justement pour des questions de fierté identitaire. Selon certaines études anthropologiques menées sur place, l’intérêt que les touristes portent à leur île et à leurs coutumes permet aux Mentawai les plus enclins à défendre leur culture, d’affirmer leur identité singulière de peuple autochtone face à des autorités indonésiennes et à des religions prosélytes peu compréhensives en la matière (ces affirmations mériteraient un long développement car ce sont surtout ces autorités politiques et religieuses qui ont réprimé et voulu asservir ce peuple).
    Ultime réflexion dans le genre en guise de conclusion : le tourisme de masse et tous ses avatars (qu’ils soient durable, écologique, équitable…je passe sur toutes les nouvelles orientations marketing des agences et promoteurs de tourisme de masse) risquent fort à la longue de pervertir certains Mentawai (renforcement de l’individualisme concurrentiel et de la capacité d’entreprendre, dirait-on) et de rompre ainsi les solidarités claniques et les pratiques du partage, entraînant du coup une véritable perte sociale et culturelle pour ce peuple et pour l’humanité. J’estime que si l’activité touristique comporte des avantages pour certains Mentawai (ils sont plus nombreux à ne pas en bénéficier du tout), et beaucoup d’inconvénients qu’ils doivent aussi apprendre à gérer, l’arrêt de ces allées et venues lucratives, n’empêcherait aucunement ces gens de poursuivre leur existence. Le flux touristique s’est tari pendant plus de dix ans (dans les années 90) et la vie a continué de manière traditionnelle. Il serait présomptueux de nous croire indispensables.
    Voilà ma contribution au débat. Désolé pour la longueur inhabituelle de ce « commentaire ».

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    • Claire
      12 mai, 2014 at 2:55 (2 mois ago)

      Merci beaucoup pour ce long commentaire, qui apporte une autre approche au débat !
      Tu sembles très bien connaître ce peuple et sauf erreur de ma part tu ne nous expliques pas ta propre expérience avec eux : comment les connais-tu si bien ? (je suis curieuse…)
      Un petit point à préciser tout de même : le guide qui nous a accompagné était un habitant de Muara Siberut, nous pensions donc qu’il serait bien placé pour faire le lien avec les homme-fleurs !

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      • Figueras Raymond
        12 mai, 2014 at 3:18 (2 mois ago)

        Je suis allé huit fois à Siberut (avec une fois un séjour de 5 mois) et j’ai traversé cette île à pied et en pirogue du Nord au Sud à deux reprises. J’ai écrit un livre sur ces différents périples et sur la culture de ce peuple Raymond FIGUERAS, Au pays des Hommes Fleurs avec les chamans des îles Mentawai, Transboréal, Paris, 2010. Je suis aussi anthropologue. Autrement merci de m’informer que certains guides locaux ne font pas le poids (en message privé, tu pourrais m’en dire davantage, lieu, etc.?). J’espère qu’un jour tu pourras apprécier ce peuple à sa juste valeur.

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